DIVAGATIONS D’UN BIKER AU MILIEU DES STEPPES

Arrivé à Altay, il fallait que je trouve de la graisse, mes 2 bombes de lubrifiant étant vides. Dans les villes où je suis allé, à la périphérie, il y a des containers 20 pieds jumelés. Si tu veux trouver un truc un peu spécial, c’est là où il faut se rendre. C’est pareil à Altay, après l’acquisition de 2 tubes de graisse, je démonte la roue avant sur un trottoir ; le diagnostic est indubitable : la roue enquillée dans le moyeu (en téflon je pense) est rongée et n’est plus capable de s’engrener avec la visse sans fin reliée à la gaine du compteur. Peu importe, ça ne m’empêchera pas de rouler. Coté navigation, fini les conneries, je m’organise, comme pour le traçage d’un itinéraire maritime ; je sélectionne des points de passage sur la carte, définit les coordonnées et les enregistre ( ways points) dans mon GPS (Garmin Foretrex 401). Bastian m’a dit qu’après Altay, vers Oulan Bator, la route était quasiment revêtue de bitume tout du long excepté entre Altay et Bayankhongor. Oulgui, un mongol croisé sur Khvod m’avait conseillé de partir vers le nord pour éviter une monotonie du paysage. Thomas m’avait transmis la même information.

D’une je n’étais pas venu là pour rouler sur un billard, et de deux, l’idée d’aller vers le nord m’enthousiasmait, l’itinéraire du sud me semblant « classique » et ennuyeux. Alors je mets le cap vers Moron ; plus de 600 km de pistes m’attendent. Au fur et à mesure où j’avance, je me rends compte que je commence à pas trop mal gérer la moto en off road. Ayant une visibilité de plusieurs km de chaque coté, idem devant moi, l’absence de circulation, l’inexistence de flics et en considérant les protections que je portais, je me suis lâché. Telle une balle, je fuse, nuage de poussières au cul, le bruit des bitards percutant le sabot alu, dans une exaltation égoïste et personnelle, je cherche la sensation. Et puis la Flamme est là, je la sens, elle a subitement commencé à me monter des orteils, en passant par le torse pour envahir mon cœur jusqu’à me brûler la cervelle. Alors j’allume sévère, à chaque courbe le K 60 croche, dérape puis reprend de l’adhérence, au sommet de certaines côtes les 2 roues de la machine décollent du sol, le bi cylindre me montre ses capacités… J’évite de descendre à moins de 5000 trs/min, dès que y a moyen je tombe un rapport, il faut que ça pousse, les pistons me raisonnent dans le corps ; rien à secouer, j’envoie la sauce, ça fait partie du voyage et je ne suis pas près à laisser une seule miette au chien. Les yeux rivés droit devant, j’en jette un de temps en temps sur le Foretrex ; je navigue sur terre à la marine, le ressenti est saisissant. Souvent, je sors de la piste pour tracer tout azimut vers le prochain way point, je traverse la steppe en atteignant par moment plus de 100 km/h, à cette vitesse, sur ce terrain, ce n’est pas un guidon que t’as dans les pognes, mais un marteau piqueur. J’exécute les conseils de mon pote Bruno (professionnel d’enduro), je garde « le filet de gaz » constamment et fais gaffe « aux coups de raquette »… Je bombarde jusqu’à avoir les bras tétanisés ; il faut le reconnaître, la Reine du Désert* tolère pas mal de mes erreurs de pilotage. Oh, certes, je dois être très loin des performances des compétiteurs du Paris Dakar mais quel plaisir, quelles sensations, putain de sa race, j’en frissonne encore en écrivant ces lignes… Avec mes 15 litres de « 92 » dans le dos et le paysage désertique, j’ai l’impression d’être dans Mad Max ; je suis l’aigle de la route, derrière chaque colline, je m’attends à que cette raclure de flic de Max pointe le bout de son tarbouif pour me prendre en chasse… De la même manière que, la vie ne peut naître sans eau, pour tourner un moteur nécessite de l’huile, j’aurais toujours besoin de ça pour vivre ; fricoter avec la rupture, sentir la brèche, repousser les limites, sentir ma vie dans mes mains… La moto n’étant, ici, qu’un accessoire. Evidement, j’ai trouvé l’adrénaline mais les frayeurs aussi ; le danger est bien réel, je pense, peut être maîtriser la machine, mais d’aucune manière je ne contrôle la Flamme. Elle m’habite, s’emballe parfois comme lors de ce trajet ; aucune drogue n’est à la hauteur de la transe qu’elle peut me procurer… Enivré, je poursuis ma frénésie à bloc, puis les éléments et la faune viennent se mêler harmonieusement au trip ; un gigantesque rapace me suit durant des heures, est-il là pour veiller sur moi ou attend t-il que je me crash pour me dévorer ? Les rongeurs foisonnent dans le secteur, ils traversent tous au dernier instant devant la roue avant… Puis, particulièrement à l’aube ou au crépuscule, le soleil se joint à la partie, en se cachant derrière les montagnes, il offre un jeu d’ombres et de lumières sensationnel, digne du spectacle du rayon vert apercevable dans le Canal du Mozambique. L’immensité du paysage qui défile me rappelle l’Océan ; j’éprouve le même sentiment qu’au large, celui d’être un grain de sable au milieu d’un nuage de poussières, livré à la merci de l’élément. Les premiers mélèzes et sapins se dressent, ils se multiplient, bientôt ils formeront de vastes forêts de conifères clairsemées de lacs ; ainsi, nous arrivons dans la Taïga…

 

*Surnom qui a été donné à l’Africa Twin

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Dépose de la roue avant

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Roue engrenée avec la visse sans fin rongée

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Mécanisme du moyeu

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La steppe

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47°12’903 »N 096°47’837″E

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La taïga apparaît

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ERREUR DE NAVIGATION

Le soleil est parti se coucher, l’asphalte s’arrête environ 250 bornes plus loin que le lieu de rencontre avec Thomas, mon compteur (ni vitesse, ni kilométrage) m’a lâché en chemin. Alors je décide de monter le camp ici. Je verrais cette histoire de compteur demain. Je suis dans le désert ; le sol est aride, le terrain est caillouteux, l’air est sec, la température descend simultanément à l’avancée de la nuit. La lumière des étoiles est intense, la voix lactée se dénude, elle laisse deviner ses formes et brille de toutes ses forces. Les collines ceinturent le site, le silence est absolu, pas même une pétole fait son apparition. L’atmosphère est très particulière ; puis au bout d’une heure, je balance un peu de son, plusieurs scorpions déboulent les uns après les autres. Alors histoire de mettre un peu d’animation, je tente d’organiser des combats entre araignées et scorpions dans une boîte de sardines, le(a) vainqueur(e) remportant un insecte agonisant récupéré sur la grille de protection de phares de la moto…

Quand tu choisis de réaliser ce genre de trip, il y a bien des motivations, l’une d’entre elles pouvant être la fuite du concept occidental consistant à acquérir des biens matériels, à toujours consommer plus, à chercher la richesse financière, à l’aspiration de posséder davantage… Mais paradoxalement, dans ce genre de situation tu as plus que jamais besoin de ton matériel ; tu en es dépendant. Alors tout doit être parfaitement organisé : chaque outil, chaque ustensile, chaque instrument doit avoir son propre emplacement. A partir de là, il faut être rigoureux, je me serre d’une affaire, je la repositionne à sa place dès que la besogne est achevée. J’essaye de ne rien négliger ; chaque matin nettoyage de la chaîne à l’essence puis graissage, un de mes bidons d’essence a une légère fuite, je recolle, un des sacs commence à faiblir, je recouds…  Si tu n’agis pas de la sorte, en moins d’une semaine la moitié du matos est perdu… C’est comme en mer, lorsque tu dois prendre un ris sur la grand voile de nuit sans pleine lune parce que le vent forcit sérieusement, si tu commences à chercher ta frontale partout pendant une heure, tu peux avoir de la casse. Ici, c’est la même, si tu perds un outil indispensable, tu peux engendrer des conséquences loin d’être agréables.

Réveillé par un soleil de plomb, je balance de l’ACDC, et j’attaque la dépose du compteur après avoir vérifier la gaine. Je désosse toute la tête de Bestiole, rien ne me paraît anormal. Puis me vient une idée que j’aurais du avoir avant : déconnecter la gaine coté compteur puis rouler pour vérifier si son extrémité tourne. Au moment de démarrer, plus de batterie ; et ouais, j’ai trop tiré sur le convertisseur de tension à force d’écouter de la musique. La machine est loin d’être un solex qui démarre après 2 coups de pédale. Il doit être 15 heures, depuis le début de la journée, je n’ai, ni vu, ni entendu aucun véhicule passer. En plus, je m’étais bien enfoncé dans une zone caillouteuse… Après 2 heures d’efforts, je parviens à mener Bestiole dans une descente et le moteur pète. Je t’avoue que j’en ai bien chié… ça m’apprendra. La gaine ne tourne pas, le problème émane donc du mécanisme de la roue ; je ne vais pas traiter ça ici, je remonte la tête, charge le matos et décolle. La piste est sacrément déglinguée, certains tronçons sont entièrement sableux sur plusieurs centaines de mètres, je manque de m’enliser une ou deux fois. D’ailleurs je me demandais comment les mecs du Mongol Rallye (la plupart prévoyant d’emprunter cet itinéraire)  avaient pu passer là-dedans avec leurs Opel Corsa et autres citadines… Puis je roule sur du bitume à nouveau, j’arrive dans un pueblo, selon mon estimation, j’étais sensé arriver à Altay. Puis je vois un panneau qui me paraît bizarre ; je demande à une ado où est ce que je suis. Je ne comprends absolument rien de ce qu’elle me dit si ce n’est qu’Altay serait de là où je viens. Je lui dis que c’est impossible. Elle appelle par tel quelqu’un et me tend l’appareil ; c’est une femme qui parle anglais, elle me dit qu’elle arrive, j’attends. La dame se pointe, l’ado avait appelé sa prof d’anglais ! Et là, j’étais sidéré, la prof, Ankh, m’annonce que je suis à Uyentch, soit tout au sud ouest du pays à 70 bornes de la frontière chinoise. Ma position réelle était à 500 bornes de celle estimée. Il faut également précisé que 2 villes différentes se nomment Altay en Mongolie. Ankh me signale qu’il fait nuit, qu’il faut que je dorme ici ; elle m’invite chez elle. J’embarque un des niards à l’arrière et la suis. Cette famille m’a reçu comme un chef d’état, ils ont acheté des provisions sur la route, préparé un repas juste pour moi… J’ai eu une description détaillée de l’album photos familial, puis je me suis effondré dans mon lit. A l’aube ayant étudié les différentes possibilités d’itinéraires avec  le chef de famille, je choisis de rebrousser chemin pour récupérer l’AH4 au nord puis enquiller vers l’Est. En roulant, je percute mon erreur de navigation, à une intersection, je suis parti à droite au lieu d’aller à gauche ; vu que la chaussée était asphaltée, ça ne m’avait pas effleuré l’esprit que le cap était mauvais… Je suis à nouveau sur l’AH4, le revêtement disparaît à nouveau, il reste environ 250 bornes jusqu’à destination. Je dors au bord de la piste dans le désert. Je repars, la voix est large, cette dernière subit un phénomène dont je ne parviens à expliquer les causes : « la tôle ondulée ». Il y a des espèces de « vagues » de terre. J’ai vu ce phénomène sur toutes les pistes que j’ai emprunté jusqu’à maintenant mais là c’est prononcé et constant. Bestiole souffre, roulements, jantes, rayons, fourche, amortisseur en prennent plein la gueule. Alors je vois 2 alternatives : la première augmenter la vitesse ce qui a l’avantage de réduire les impacts mais pour inconvénient d’avoir une conduite « flottante » donc légèrement dangereuse (la surface de contact au sol des pneus étant minimisée à cause des intervalles) et la seconde de rouler tranquille, donc en sécurité, mais avec comme conséquence de bousiller la mécanique. J’opte pour la première. 100 km avant Altay, en pleine ligne droite, au loin je vois un biker ; instinctivement sans se faire signe on s’arrête. Bastian, un allemand travaillant en Australie dans les travaux publics qui rentre en Allemagne pour reprendre ses études. Avec son 650 GS, il effectue le trajet Vladivostok – Allemagne. Bien entendu, on a échangé les infos sur la route puisque j’allais d’où il venait et vice versa. On discute matos, navigation… Bastian se cogne le voyage en mode sport : non stop, il roule tous les jours, ça fait seulement 2 semaines qu’il est sur la route ! Au moment où tu liras ce texte, il sera certainement déjà en Europe. Echange de coordonnées et il part vers l’ouest, moi vers l’est. J’adore ce genre de situation, t’échanges avec le mec comme si c’était un de tes potes alors que probablement,  tu ne le reverras jamais de ta vie…

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Lieu du campement, le genre d’endroits où t’es pas emmerdé par les voisins

 

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Dépose du compteur

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Ankh et ses enfants

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« La tôle ondulée » véritable fléau pour la mécanique

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Bastian et son 650 GS, bon vent l’ami

 

 

PREMIERS CONTACTS AVEC LES MONGOLS

Le lendemain, je m’enfonce vers le sud en empruntant la fameuse AH4 ; plus de bitume, je progresse sur une piste plus ou moins en bon état ; par rapport à la virée du Teleskoye, c’était easy. Je traverse les premières rivières qui sont plus des grosses flaques d’eau que de virulents torrents. La roche, les montagnes et des plaines interminables bordent la « route ».

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Puis je commence à m’égarer ; de nombreuses traces partent dans tous les sens, les panneaux d’indication sont inexistants. je suis un chemin qui ne mène nulle part, fais demi tour et ainsi de suite… Le proverbe « toutes les routes mènent à Rome » est à prendre avec parcimonie en Mongolie. Alors j’élabore une technique : je gravis une colline en bécane, une fois au sommet, je scrute les environs aux jumelles ; je repère des camions ou autres véhicules qui se dirigent dans la même direction, probablement vers la prochaine ville. Ca marche. Je procède de cette manière jusqu’à Kvod. La nuit tombe, je rencontre un gué ; par prudence, je décide de bivouaquer pour le passer au lever du soleil. En plus le site possède mes critères d’emplacement : rivière, buisson pour s’abriter du vent, à proximité de yourtes de nomades. Le soleil déjà haut dans le ciel, le « camion » chargé, j’observe le gué ; je sens que c’est risqué de traverser à cet endroit. Je longe donc le cours d’eau de part et d’autre, je ne trouve pas de meilleur passage. Puis un vieux nomade à cheval chevauche jusqu’à moi et m’assure que ça le fait. Je reste septique, ce n’est pas comme si j’y connaissais que dalle en la matière, analyser  les caractéristiques d’un cours d’eau, ça fait partie de mon job. Un jour mon ancien boss m’a emmené sur un chantier (nos prestations consistant entre autres à by passer des cours d’eau par pompage) dans le but d’étudier le dévoiement d’une rivière pour un client, qui avait pour mission d’y passer un pipe en travers. Le boss s’est pointé et a dit au type : « là, t’as 2000m3/h, demain, si t’es OK, ton tronçon est sec et dans 2 jours ton pipe est tiré » ; d’un seul coup d’œil, il avait défini le besoin. Ce jour là, je me suis dit : « bordel, c’est à ça qu’il faut que j’arrive, je veux atteindre ce même niveau d’expertise ». Quelques années plus tard, j’en étais capable. Je suis une bille dans plusieurs domaines, mais aujourd’hui, tu me plantes devant n’importe quel cours d’eau et je suis foutu, juste à l’œil, de te dire quel est son débit, sa vitesse et autre à plus ou moins 10% près… Bref, le nomade insiste, il me fait comprendre qu’il reste là et qu’en cas de coup dur, on pourra utiliser la force du bourrin. Je me lance, la poussée de l’eau ne pose pas trop de problèmes ; en revanche l’adhérence du pneu arrière sur les galets ne prend pas, je n’avais pas pris en compte ce paramètre. Je reste tanké au milieu ; en donnant des à coup, je parviens tout de même à atteindre l’autre rive. En vidant la flotte de mes bottes, le nomade m’a lancé un regard qui voulait dire « alors, tu vois, j’avais raison ». Il m’avait effectivement bluffé le vieux… C’est de cette manière, en pénétrant le pays, que j’ai commencé à me familiariser avec les mongols, lors d’entrevues plus ou moins brèves, dans les villes, campagnes, au bord des pistes… Et j’ai pu noter quelques traits de caractère me paraissant commun à l’ensemble de la population. Manifestement, les mongols sont extrêmement curieux. Il arrive que lors de pauses, des voitures s’arrêtent, les passagers en descendent m’interrogent, observent la moto… En chemin, certains conducteurs manquent de percuter des rochers tellement ils gardent les yeux scotchés sur Bestiole. Quand je campe à proximité de yourtes, dès l’aube, un même scénario se reproduit : un ou plusieurs éleveurs viennent roder autour de la tente, ils essayent de regarder par les aérations de la tente pour m’y voir. Alors je leur prépare une petite blague à chaque fois ; je les entends venir à plus de 50 mètres tellement ils font du baroufle, ils sont toujours accompagnés d’un chien ou d’un cheval. J’ouvre les fermetures avant leur arrivée, et lorsqu’ils pointent le bout de leur museau contre la toile, je bondis en poussant un cri de guerrier… Une fois, l’un d’eux à tellement balisé qu’il est tombé en arrière… Du coup, ça crée le contact, on boit du thé, partage du tabac… Leur curiosité s’exprime régulièrement par le toucher ; il faut qu’ils palpent, touchent, ressentent les choses avec leurs mains. Tous tapotent le réservoir de Bestiole pour s’assurer qu’il est bien en métal ; ils enfilent les gants, frottent la carapace, chiffonnent la veste en cuir, claquent le casque… Ils sont très tactiles. Pareillement, ils semblent apprécier chahuter aussi, certaines fois un jeu de bousculade bon esprit survient entre eux et moi… Et puis, spontanément, ils sont courtois ; je salue chaque automobiliste, chauffeur de camion, éleveur devant sa yourte, tous me répondent, ça rend le parcours agréable.

Juste avant Kvod, j’arrive un peu fort (un bon 80 km/h) sur une partie sablonneuse de la piste ; je perds le contrôle de la machine, et ce que je redoute le plus arrive, je chute. La roue avant s’enfonce dans le sable vers le coté droit, je pars du coté gauche pour finir planté dans une espèce de dune de sable, la roue avant reste fixe, le reste de l’Africa Twin pivote autour à 180° et me propulse dans les airs tel un disque de ball trap ; je pars en roulé boulé dans les herbes. Je me relève, je suis OK, Bestiole n’a rien non plus. Le lieu était parfait pour tomber : pas de caisse qui risque de te rouler dessus tellement la fréquence de passage est faible, le terrain était mou, c’était nickel… Je prends quelques infos sur Kvod et continue ma route vers Altay. La voix est à nouveau asphaltée, un vrai boulevard. Environ 60 bornes après Kvod, j’aperçois un cycliste avec une tronche d’européen assis sur le bas coté ; je fais demi tour, en pensant qu’il est peut être en galère. Il faisait juste une pause, il s’appelle Thomas, est français et se cogne toute l’Asie centrale à biclard ! On reste là, un bon moment à bavacher. Ce genre de type, ça se respecte, il faut vraiment avoir le mental pour réaliser un projet pareil, surtout quand t’as vu les interminables lignes droite, à vélo, laisse tomber (surtout qu’il était bien chargé de 20 kilos facile). Après échanges de coordonnées et d’infos on continue tous les deux notre route vers le sud.

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Thomas, le cycliste sans frontières, courage à toi, que la Flamme reste à tes cotés

 

WELCOME IN MONGOLIA

Dans la matinée du 24/08/2014, j’arrive au poste frontière de Tashanta / Tsagaannntaruur, sachant que le passage est souvent long, je me pointe sur le coup de 8 heures. Approchant le poste, je me rends compte qu’il est fermé ; un type est derrière la grille, je lui demande l’heure d’ouverture, il me répond « zaftra, zaftra ! » (Demain, demain !). La frontière serait fermée le week end. C’est la règle, dans un trip comme ça, il ne faut pas être dans le rush, tu dois changer ton rapport au temps, je me suis fait à cette idée y a un moment… 3 bagnoles à l’aspect compète (autocollants de partout, couleurs bariolées…) sont là. C’était 3 teams du Mongol Rallye*, une nana, écossaise, d’une des équipes m’invite à prendre un thé ; je sympathise avec les types, on avait rien d’autre à branler qu’à attendre. Ils en ont profité pour remplacer un des amortisseurs HS d’une Skoda avec un de Lada qu’ils avaient trouvé à Tashanta, d’autres lisaient, certains partirent faire un tour dans la steppe… De mon coté, j’ai passé mon temps à équilibrer le chargement sur la moto ; la petite session off road dans l’Altaï m’avait démontré une surcharge à l’arrière. J’ai donc reconditionné l’outillage et pièces détachées les plus lourdes sur l’avant, amarrés dans des sacs étanches que j’avais en stock à l’arceau de protection avant ; j’ai inséré tous les documents (cartes, bouquins, papiers, instruments de navigation) dans un sac de réservoir que les bikers de Barnaul m’avaient filé ; de cette manière, un transfert d’environ 10 kilos a été opéré de l’arrière vers l’avant. L’écossaise m’a montré des photos de leur trip et expliqué le principe du Mongol Rallye (voir en fin de page). 2 autres équipes se sont pointées plus tard ; français, australiens, autrichiens, anglais, néo zélandais, suédois, écossais composaient ces équipes. Depuis Moscou, où j’ai fait la connaissance de Marc, c’était la première fois où je croisais des européens ; ça faisait du bien de parler anglais, on a bien déliré ensemble, alors on s’est tous cotisés pour acheter une énorme caisse de bières, puis nous avons monté une conurbation de tentes au pied de la clôture frontalière… Le soir, on s’est tous réunis autour d’un feu pour consommer le sirop ; la soirée a vite été écourtée par la pluie…

Le 25, 4 heures pour traverser la frontière russe ; 3h30 d’attente et 30 minutes pour le passage. Une fois mon tour venu, après avoir contrôlé passeport et carte grise, les douaniers m’ont demandé si j’étais armé, leur répondant par la négative, ils m’ont laissé partir sans rien checker. Et là, tu te retrouves dans un « no man’s land » de plus de 20 bornes ; il n’y a rien, une espèce de désert, suis je en Russie, en Mongolie, j’en sais rien. Je traverse un second poste, russe, au bout de 20 bornes ; contrôle rapide, puis re « no man’s land » de plusieurs km. Côté mongol, à 13 heures, c’est la pause déjeuné de 12 à 14 heures ; à 15 heures, on s’occupe de mon cas, les formalités sont très rapides. Un des douaniers, environ 50 ans, avec un air bien sympa, sourire grand jusqu’aux oreilles, me dit : « welcome in Mongolia » et m’ouvre le portail. Et là, tu retrouves face à 3 à 4 baraquements en premier plan, avec en fond une piste dont tu ne peux voir la fin… Je t’avoue que j’ai un peu tapé le flippe ; je m’y attendais mais franchement, t’aurais vu le truc… Je fais à peine 200 mètres que des types me stoppent ; représentent ils les autorités, j’en sais foutre rien, ils n’ont qu’un bâton orange. Apparemment oui, ils me « proposent » une assurance pour la moto ; moins de 10 euros pour un mois, j’achète. Ayant rien mangé de la journée, je vais grailler ce que je trouve dans une baraque. L’obstacle de la langue ressurgit, il fallait que je reparte de zéro, alors je demande la base : comment dit-on bonjour, merci, au revoir. En sortant je prends conscience que j’ai changé de pays, les gosses me disent tous « Hi », « where are you from ? «.Les nanas du « café » sont sympas, je mange un bout et j’enquille sur la piste. Même si aussi étrange que ça puisse paraître, lorsque tu passes une frontière tout change : les panneaux, la langue, les gens, les lois, les règles… Mais la nature, elle, se moque de la frontière ; j’étais toujours dans l’Altaï. Malgré qu’il n’y a pas d’asphalte, la chaussée est bonne alors j’envoie ; au bout de quelques dizaines de kilomètres, à ma grande surprise, la voix est asphaltée ; 100 bornes derrière la frontière, j’atteins la ville d’Ölgiy. Au moment où je m’apprête à retirer du blé à une tirette, plusieurs mecs se pointent et me sollicitent à être client de leur guest house. Pleins de types se pointent, à plusieurs reprises,  autour de la bécane et à chaque fois, leur première question est « combien elle coûte ? ». Ça me plaît pas, j’ai l’impression d’être une cible, l’européen, tel qu’il est perçu en Asie du sud est : un billet sur patte… Je déteste me sentir vu comme étant le blanc blindé de tunes, sans autre intérêt… J’étais loin de m’attendre à ce genre d’attitude des mongols, alors ça commence à me gonfler, je t’assure, qu’à ce moment, j’étais près à faire marche arrière et retourner en Russie. Puis je relativise, je me dis que viens juste d’arriver, Je m’installe dans un camp de yourtes moyennant 10 dollars US la nuit. L’endroit est rempli d’israéliens ; ils sont là à coté de moi en train de se foutre de la gueule d’une allemande (juste parce qu’elle est allemande) pendant que je lis un article partagé par un de mes meilleurs potes sur le net relatant de la barbarerie d’Israël envers la Palestine…  L’ambiance est bizarre ; Je ne m’exprimerais pas sur le sujet ici, ne respectant rien, je me suis à maintes reprises bien pris la tête avec ce type d’individu, dans plusieurs pays… Si je reste là, je sais que je peux méchamment déraper, alors je me casse du camp, je me concentre sur mon trip, je m’approvisionne  pour  tenir pendant 4 jours en vivres, eau, essence et consommables divers…

 *Le Mongol rallye est un raid en voiture de petites cylindrées (1,2l maxi). Le départ est à Londres pour une arrivée à Oulan Bathor en Mongolie ; chaque équipe verse une somme d’argent destinée à des association mongoles. Pas d’obligation d’itinéraire, ni de temps imposé pour les participants. Par ailleurs, ils sont en autonomie complète sans assistance. Ceux que j’ai rencontré m’on dit qu’il y avait environ 250 bagnoles au départ de Londres cette année.

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BALLADE AU CŒUR DE L’ALTAÏ RUSSE

Gorno-Altaïsk passé, Bestiole franchit le cap des 10000 km parcourus depuis Le Havre aux portes de la république de l’Altaï. L’Altaï signifiant ‘monts d’or » en russe est un massif montagneux qui se situe principalement en Sibérie mais s’étendant également jusqu’en Chine, Kazakhstan et en Mongolie. Ce territoire fut jadis turc, mongol, puis chinois pour devenir russe en 1864. Cette contrée serait habitée depuis plus de 300000 ans avant JC…Le sommet le plus élevé en altitude de l’Altai est le mont Beloukha, avec une hauteur de 4506m. (sommet le plus haut de la Siberie).

Au fur et à mesure où les km défilent, la région m’évoque un mélange de Sainte Hélène et d’Asie ; Saint Hélène pour les vallons verdoyants omniprésents  et l’Asie pour les faciès des habitants croisés en chemin.

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En traversant les premiers villages, les chevaux semblent être les rois ; ils sont partout, en liberté… L’activité des locaux apparaît comme étant essentiellement agricole. Suivant le conseil des mecs du Bike Bar de Barnaul,  je fonce vers le lac Teletskoye (ou Teletskoïe) ; je ne sais pas ce qui se profilera sur place, tout ce que je sais, est qu’un lac est là, aussi sublime que le Baïkal selon les dires des bikers. Ce lac, le plus grand des monts de l’Altaï mesure 78 km de long, 5 km de large et 325 mètres de profondeur et est enquillé entre les versants des massifs de  Korbou et d’Al-tyntou.

Arrivé à Artybash, le principal village bordant le lac situé au Nord de ce dernier, comme d’hab, je pars à la pêche aux infos ; je m’envoie un soda dans une espèce de paillote à proximité du plan d’eau où quelques navires sont amarrés à coté. Après m’être procurée une carte de la zone dans une des échoppes de souvenirs (le site est un peu «touristique »), je commence à tchatcher avec les tôliers de la paillotte, je leur demande s’il y a une route qui contourne le lac : « ziest daroga zdiess ? » « il y a une route ici ? » en leur montrant sur la carte. « Nyet, nyeto daroga » Ils me font comprendre que si je souhaite aller visiter le littoral lacustre, c’est en bateau ; ils insistent sur une destination particulière : la pointe Sud du Teletskoye, site naturel situé donc à 78 bornes de là. Puis un des clients, avec l’allure digne d’un membre du KGB d’un James Bond, m’interpelle en espagnol ! Un peintre russe, en vacances, vivant 6 mois de l’année en Espagne. On discute de choses et d’autres durant 10 minutes… Vu qu’on se comprend bien, je le sollicite comme interprète pour prolonger ma conversation avec les tôliers ; les interrogeant sur le sujet, ces derniers m’affirment qu’il y a une piste plus ou moins praticable sur une distance d’environ 100 km entre la pointe Sud et le village Ust Ulagan ; elle ne figure pas sur ma carte.

Lorsque une idée se mit à me germer dans le citron : charger la moto sur une embarcation, traverser les 78 km du lac, puis arrivé à sa pointe Sud, enquiller les 100 bornes d’off road jusqu’à Aktash pour récupérer l’axe routier menant en Mongolie (la M52).

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Itinéraire de la ballade

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Vue « d’ensemble »

Cette idée s’est vite enracinée comme une obsession dans mon crâne ; peu importe ce que ça pouvait impliquer, il fallait que je le fasse. Et puis je déteste faire demi-tour, si cette option ne s’avérerait pas réalisable, je serais contraint de repartir vers l’Ouest  sur plus de 200 bornes pour à nouveau récupérer la M52…

Je fais part de mon petit délire aux boss du troquet ; ils se sont regardés et sont restés perplexes ; via le peintre, je leur ai dit que c’était sérieux. Alors comme à l’accoutumée, tout le monde s’est mobilisé pour trouver une solution ; vu leur attitude, je me suis dit que la demande ne devait pas être courante. Ils ont passés des coups tels, appeler des mecs qui squattaient sur les bateaux d’en face… Quelques minutes plus tard un capitaine s’est pointé, il réclame une fortune pour la traversée, je refuse, en lui signalant que son bateau est 10 fois trop gros de ce qu’il ne faut (au moins 3 Tonnes, muni d’un 300 chevaux). Puis un second type propose ses services, beaucoup plus raisonnable, après 1 heure de négo et une poignée de main, on s’est accordé sur le taro. Une fois l’affaire conclue, il y avait pas de temps à perdre, la nuit sera là dans 1 heure et il ne voulait pas que son rafiot navigue de nuit. Alors après être monté sur le cigare au moteur, on s’est mis à 4 pour positionner les 230 kilos de l’Africa Twin sur l’étrave ; j’ai sorti une sangle à cliquet, ils ont amarrés quelques bouts et on décollait.

 

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Chargement du matos

 

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Nous voilà, avec Bestiole, partis  en croisière naviguant à une vitesse proche de 60 km/h. A l’intérieur de la barcasse, l’ambiance était festive : musique, bière et calamar séché…

 

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Les passagers, Yenda et Slava, me décrivaient le site (allusion au climat et à la faune présente comme l’ours brun et beaucoup d’autres mammifères…) et me contaient quelques légendes à propos du lac.

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1h30 après le départ, nous atterrissons sur une plage ; un genre de repère de chasse s’y trouve où des zicos jouent un rock des 70’s. L’un d’eux, me convie à leur sauterie… Dans la nuit, un vent à décorner les bœufs s’est levé me contraignant à tisser une toile d’araignée autour de la tente.

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Lorsque le jour s’est levé, j’ai découvert le splendide panorama  du lieu ; le site me paraît être un des rares lieux dans le monde, où la nature vierge garde sa richesse originelle. Alors je suis resté là 1 heure ou 2 à contempler, me balançant des watts dans les oreilles, je trouvais que ça avait vraiment de la gueule.

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Et puis il fallu revenir à la réalité, un groupe de vététistes passant par là m’ont aidé à dés enliser Bestiole, je n’avais pas voulu flinguer l’embrayage la veille…

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Après qu’une dame m’est offert un repas, j’ai attaqué la piste ; c’est ma première vraie session d’off road depuis le début du trip. La moto est trop lourde pour bouriner. Le chemin est très hétérogène : tronçons de boues, segments couverts de graviers, parties très bosselées avec des creux de plus 40cm par endroits, quelques petits ruisseaux cheminent en travers… La distance est de 118 km exactement jusqu’à Ust Ulagan ; tu longes la rivière entre 2 versants de montagne sur une distance d’environ 80 bornes où les différents décors s’enchaînent. Cette vallée est parfois très étendue, puis se rétrécie jusqu’à prendre l’aspect d’un canyon par endroits avec toujours des monts de l’Altaï en image de fond… Les cascades, sources, ruisseaux sont nombreux le long de la piste, le site est sublime. Je traverse quelques petits villages où par moments, il faut slalomer entre bœufs, chevaux et chiens. Le parcours se termine par l’ascension  d’un col pour passer de l’autre coté d’un massif, cette section est particulièrement en mauvais état, la bécane déguste sévèrement…

 

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Un des troupeaux rencontrés en chemin

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Dernière partie : le col

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Puis lors d’une pause photo, Bestiole se couche, à l’arrêt. Impossible de la relever seul, j’y arrive sur terrain plat, mais là le dévers baissait trop le centre de gravité de la charge. Les passagers d’un 4X4 m’aideront plus tard à la remettre sur ses 2 roues…

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A 14km de Ust Ulagan, j’entre dans un pueblo, un type me fait signe, pensant qu’il a besoin d’aide ou autre, je m’arrête ; le mec est complètement déglingué, il a du trop tirer sur le goulot, il s’appuie sur moi, me fait perdre l’équilibre. Bestiole se couche une seconde fois ; alors je reste calme, je redresse la machine, enclenche la première et embraye vers la M52, la frontière mongole n’est plus qu’à environ 200km.

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Quoi qu’il arrive, n’oublie pas : garde la flamme

 

 

Etape technique à Novossibirsk

Le 11/08/2014, Maks, devant se rendre à Ekaterinbourg, décide de m’accompagner jusque là bas et de m’aider à y trouver une paire de pneus que je prévoyais de monter 1500 bornes plus loin. En chemin, Maks me propose d’échanger les motos ; évidement je suis chaud pour ça. J’ai pris en main le Yamaha 1300 FJR ; je te raconte pas, j’ai bien sentis les 140 chevaux de la machine (ce n’était pas la version limitée) me pousser au cul ; ça changeait de l’Africa Twin. Alors je me suis bien fait plaisir sur 50 bornes… Arrivés à Ekaterinbourg, après plusieurs coups de téléphone, après plusieurs essais auprès de distributeurs de pneumatiques repérés sur internet la veille et malgré qu’Ekaterinbourg soit la 3ème ville de Russie, nous n’avons pas réussi à trouver les précieux articles à part un pneu tout terrain compatible à la roue avant. Nous nous sommes pas acharnés non plus, j’ai pensé que Maks avait certainement un programme pour sa journée, je lui ai donc dit de laisser tomber, que je démerderais plus tard. Il m’a mis sur les rails de la P351 en direction de Tyumen, puis nous nous sommes séparés de la même manière que nous nous sommes rencontrés : au bord d’une route. En tout cas le parcours avec Maks aura été bien sympa.

Je roulais à nouveau seul, sous la pluie, l’Oural dans mes rétros. Après une étape de 700 bornes (Miass-Ekaterinbourg-Tyumen) j’avais passé Tyumen d’environ 30 km. Plus je m’approchais d’Omsk et plus le paysage évoluait vers une sorte de désert tout vert. Au bord de la chaussée, l’intérieur de certains « cafés » était décoré de têtes d’élans, sangliers et autres gibiers. Il était possible de bivouaquer n’importe où tant l’espace était abondant et sans aucune limite apparente. C’est le début de la Sibérie ; je sentais le coté sauvage de l’environnement, je me sentais bien malgré le mauvais temps que j’ai eu jusqu’à peu avant Novossibirsk.

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Entrée en Sibérie

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Mais la préoccupation des pneus m’est revenue ; je décide d’en chercher à Novossibirsk. La moto a parcouru 9500 bornes depuis Le Havre et 10000 depuis la dernière révision et changement de pneus ; le pneu avant peut encore tirer 2000 bornes, l’arrière est lui secoué, sous la pluie (et même par temps sec) quand je tombe un rapport trop tôt, la bécane part en chiquette. Et puis, normalement Honda préconise d’effectuer la vidange tous les 6000km. Tu peux me croire, trouver un consommable aussi courant en Europe c’est easy, en revanche, en Russie, ça devient vite compliqué pour plusieurs raisons. D’une, les motos ne sont pas courantes comme en Europe donc les magasins de pièces détachées et consommables en sont d’autant plus rares, de deux, même en demandant, il faut que l’interlocuteur soit un minimum dans le milieu pour te renseigner de manière efficace et de trois, pour moi, il y a toujours la langue comme barrière. Mais une fois de plus, une rencontre opportune avec un biker russe dans une station service m’aidera. Peu de km avant Omsk, je rencontre Ivan ; il habite Moscou et revient de Tomsk avec son Kawa Versys. J’en profite pour lui demander où je pourrais trouver des pneus sur Novossibirsk ; il sort sa tablette, cherche sur internet (tout est en cyrillique, même cette manip, je ne suis pas foutu de l’opérer moi même) et me dit que c’est peut être possible. Je lui précise aussi, ma nécessité de trouver un garage pour effectuer la vidange et une petite révision. Il me dit : « T’as besoin de faire tout ça ? Alors le mieux, c’est que t’appelles ma sœur, Natasha, elle vit à Novossibirsk, c’est une chouette fille, elle t’aidera » Puis, il se mit à téléphoner à sa sœur en direct ;  en raccrochant, il me dit qu’elle attend mon appel. Je le remercie bien. Il me lâche son numéro, puis repart.

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Rencontre d’Ivan

Dans la nuit du 15 au 16/08/2014, je débarque sur Novossibirsk ; le temps de trouver une piaule et il est 2H00 du mat. Plusieurs heures plus tard, je ne cherche pas à comprendre, j’appelle direct Natasha. Moins de 2 heures après mon appel, la nana se pointe et m’embarque dans sa caisse ; fille plutôt cool, genre rock, grunge, on sympathise vite. Son anglais est digne d’un britannique, du coup, c’est parfait, on communique bien ; c’est la première fois que je peux aussi bien m’exprimer et comprendre une personne de Russie. Elle me conduit dans un magasin de moto, « FBR » (For Bike and Rider) ; le type, sur place, a les pneus. Il me vend un Heidenau K60 Scout en 140 (made in Germany, excellente réputation) pour l’arrière et un Shinko E 700 (made in Koréa) pour l’avant. C’est tout ce qu’avait le type mais c’était parfait ; je ne pouvais pas espérer mieux que ça. J’ai acheté un bidon d’huile dans la foulée. D’ailleurs, si un biker est dans ce secteur et cherche du matos, voici les coordonnées :

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Je pouvais tout demander au mec, Natasha traduisait tout, c’était pour moi un sacré confort. Fournissant uniquement les pièces et pneus, sans montage, le vendeur indiqua à Natasha l’adresse d’un monteur. Après avoir acheter les pneus et l’huile, elle m’emmena voir le monteur de pneus ; on a pris RDV pour le lendemain. Derrière, nous sommes retournés à l’hôtel pour y déposer le matos. Natasha me demande ensuite ce que j’ai de prévu pour ce soir, je lui réponds « absolutely nothing ! » Je pars donc avec elle pour une soirée avec 2 de ses copines. Je te le dis tout de suite, quand j’ai vu les moeufs débouler, équipées de plusieurs litres de bière, d’une quille de champagne et une d’armagnac, je me suis dis que « ça y est, encore une embuscade ». je ne m’étais pas trompé… Cette observation a suscité chez moi la curiosité ; j’ai demandé à Natasha « qu’est ce qu’elles fêtent ? » Elle me répondit qu’ici, lorsque les mecs sont pas là, les filles sortent ensemble et se mettent la race. « Malheureusement, effectivement, nous buvons de trop !  » La dernière partie de la soirée s’est déroulée dans un bar où Natasha a joué un morceau de gratte…

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De G à D : Natasha, Llena, et katia

Levé en fin de matinée, je n’avais pas de temps à perdre ; les pneus amarrés à l’arrière de la moto, j’ai tracé chez le monteur. Pendant qu’il démontait les pneus, je m’affairais à la vidange et au contrôle des niveaux, serrages, et checking complet. En Russie, même faire monter des pneus peut être une aventure (en tout cas pour moi) et une occasion de tcatcher. En inspectant les neufs, je vois que ces derniers sont tubeless (sans chambre à air) ; hors Bestiole était montée en tube type (avec chambre à air). Je vois Yesguine (le monteur) enquiller la chambre à air dans le pneu. Je lui pose donc la question si il est sûr qu’il faut l’enquiller, vu que les pneus sont tubeless. Il essaye de m’expliquer mais je ne comprends pas tout ; je lui emprunte son tel, contacte Natasha pour qu’elle traduise. En fait, il me disait que les jantes, elles, ne sont pas tubeless, puisque la jonction entre la jante et les rayons n’étant pas étanche, laisse l’air s’échapper du pneu et donc le montage sans chambre à air n’est pas envisageable. Son explication m’a paru cohérente, j’ai validé le montage. Derrière, je me suis renseigné ; apparemment, monter un pneu tubeless avec chambre à air sur une jante tube type est un montage correct. En revanche, réaliser ce type de montage sur une jante tubeless est incorrect et dangereux (puisque l’air emprisonné entre la chambre à air et le pneu favorise un échauffement de la zone pouvant provoquer un éclatement…). Je m’endormirais un peu moins con ce soir. Ayant observé le montage des pneus, je ne m’imagine même pas changer une chambre à air sur le pneu arrière au milieu de la Mongolie ; je me suis donc mis dans le crâne de trouver un pied de biche ou un truc dans le genre avant de passer la frontière. En ce qui concerne la partie « entretien », rien n’a bougé. Les niveaux du liquide de frein, refroidissement étaient presque au max-Plaquettes OK-Support de coffres, rien n’a bougé-Filtre à air clean-Bougies nickel-connexions électriques RAS-radiateurs étanches-durites bon état-câbles embrayage + accélérateur OK-Joints spi de fourche corrects-filtre à essence propre-100% des ampoules fonctionnelles. L’amortisseur, lui, m’a par contre semblé plus souple qu’au départ, il est d’origine, j’espère qu’il tiendra. Le seul truc qui m’a chagriné est les 50 grammes de plomb sur la roue avant coté gauche (rien du coté droit) ; ça m’a parût bizarre, alors j’ai déposé les coffres , et je suis monté à 170 km/h et j’ai lâché le guidon, rien ne semble bouger ; j’en conclus que ça le fait. Je suis très loin d »être un As de la mécanique ou de la bricole mais j’ai la sensation que Bestiole est prête.

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Pneus trail montés, révision opérée, je suis prêt pour partir en Mongolie ; j’avais tablé sur un minimum de 3 ou 4 jours pour effectuer cette révision. Grâce à Natasha, en 36 heures après mon arrivée sur Novossibirsk, c’était plié. Elle n’avait pas l’air de s’en rendre compte mais son assistance m’avait été précieuse. Avant que l’on se quitte, elle me conseilla vivement de me rendre au Bike Bar de Barnaul, puis elle m’indiqua un hôtel dans la même ville.

 

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Natasha

Elle m’ a mis ensuite sur les rails pour rejoindre Barnaul ; ma chaîne me semblait trop tendue alors je me suis arrêté au bord de l’Ob pour l’ajuster. C’est là que je rencontre Sergueï et sa femme Katia ; il était proche de 19 heures, ces derniers me disent qu’ils est plus prudent de partir demain à la fraîche et m’invitent à dormir chez eux. Après tout, » je suis en retraite », je ne suis pas pressé, alors je les suis. Sergueï était plus ou moins fondateur d’un club de moto sur Novossibirsk ; Katia était une artiste : photographie, couture, peinture et dessin animaient son quotidien. La soirée fut bien tranquille, je repartais le lendemain.

 

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Katia et Sergueï

 

Arrivé sur Barnaul, je me suis mis à chercher l’hôtel indiqué par Natasha. Ce genre d’hôtel étant pas évident à dénicher, les coordonnées sont les suivantes :

 

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550 roubles la nuit (soit 11 €) ce qui peut t’éviter de prendre un hôtel dans le centre à un prix moyen compris entre 100 et 150€ la nuit. Cet hôtel est difficile à trouver, sans GPS, ni carte de la ville, j’ai du demander mon chemin à pas moins de 7 personnes avant de le trouver. Installé dans cet hôtel, je suis allé faire un tour au fameux « Bike Bar ». Avant d’être un lieu de bikers, l’endroit m’a parût être une galerie d’art ; moteurs, carburateurs, pots d’échappement, guidons, amortisseurs étaient fixés aux murs, un « dessous de voiture » est même enquillé dans le plafond ! Les chaises de bar sont constituées d’amortisseurs et de selles de Harley.  Le bar est également un restaurant où ,tu peux manger ton morceau de barbaque sur fond de Deep Purple… Quand j’y suis allé, les clients étaient de type, pilotes de sportives (Z1000 Kawa, 900 CBR et autres). Ces derniers m’ont demandé si j’avais de quoi que ce soit. En discutant, ils me recommandent d’aller vers le lac Teleskoye (situé dans l’Altaï russe) avant de me rendre en Mongolie. Je pense aller faire un tour là bas aujourd’hui.

 

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Etant maintenant à 800km de la Mongolie, je suis, comme à chaque passage de frontière, partagé entre un sentiment de frustration de quitter un pays qui me plaît et un autre d’excitation à découvrir un nouvel état. Alors j’avance, c’est le principe du road trip : aller toujours plus loin.

 

 

 

CAP VERS L’OURAL EN DUO

Après ces quelques jours passés sur Stalingrad, Bestiole avait besoin de se dégourdir les cylindres. Décidés à enquiller des bornes, nous mettons donc les voiles en direction de l’Oural en empruntant la P228 le long de la Volga. Première étape à Saratov. Le lendemain, en faisant le plein dans une station, je rencontre Maksime, un biker russe ; on se retrouve sur la route quelques dizaines de km plus loin ; Maks rentrait de vacances des côtes de la Mer Noire, il rentrait chez lui dans un petit village de l’Oural. Il me propose de rouler ensemble jusque là bas ; il a un plan pour dormir à 400 bornes d’ici. Je lui dis que ça me branche. Nous voilà partis à 2 pour un prochain arrêt à Togliatti. Croiser le chemin de quelqu’un, c’est intéressant, en partager un bout, un morceau est souvent riche d’expériences. le soir, on arrive à Togliatti chez un frère d’armes de Maks : Mihaïl. Je n’ai jamais vu ce mec et il me reçoit comme l’un de ses meilleurs potes. En discutant, Mihaïl me recommande de me rendre au musée technique de Togliatti où tous types de matériels militaires y seraient exposés. Lui montrant mon enthousiasme, Maks décide de m’y emmener le lendemain matin avant de reprendre la route.

Arrivés au musée, l’éventail d’armes présentées était, le moins qu’on puisse dire, très complet. Moi qui fus souvent déçu de ce genre de musée, où le tôlier, avec son grand sourire jusqu’aux oreilles, tout fier de te montrer 3 pauvres flingues dans une vitrine… Là, pour une entrée à 100 roubles (soit environ 2€) t’en as pour ton pognon ; répartis sur plusieurs hectares :  avions de chasse (dont Migs 15, 16, 21, 23, 31…),  tanks, canons d’artillerie, trains blindés, batteries anti aériennes, DCA, missiles, tracteurs, camions de transport de troupes, mines nautiques, hélicoptères, antennes mobiles, 1 sous marin… Les matériels datent principalement de la seconde guerre mondiale ou de l’époque de la guerre froide. Il n’y avait pas de fioritures, pas de salles avec écrans, juste un terrain, des armes exposées avec une plaque de description en russe devant chaque engin. Enfin, un bâtiment présentait du matériel de parachutisme et d’aérospatiale.

 

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Sous marin de 90m de long, « type 641B »

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En partant, nous nous sommes arrêtés au boulot de Mihaïl pour le saluer, avant de tracer sur la M5 en direction de Ufa. Depuis Saratov, les paysages avaient l’aspect de steppes.

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Le long de la Volga sur la P228

 

La nuit tombée depuis 2 bonnes heures, on s’est arrêté pour bivouaquer en bordure d’un champs de colza.

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Plus nous progressions vers l’Oural et plus la route nous dévoilait ses dangers ; sections de chaussée bosselées, creusées, défoncées, et tronçons sans asphaltes se succédaient. Peu de kilomètres avant Ufa, on arrive quelques minutes après un face à face entre 2 voitures. Un corps était étendu sur le sol ; vu l’état des 2 carcasses, les autres passagers s’ils n’étaient pas morts  ne devaient pas en être loin. La circulation quant à elle est rythmée par les segments de route en travaux ; ce qui provoque des ralentissements, voire des bouchons sur plusieurs km. Parfois, il y a une piste parallèle à 50m de la route. Lorsque ça bouchonne, j’empreinte ces pistes, ce qui me donne l’occasion de tester la moto sur chemin et de me tirer la bourre avec les Lada Niva, et j’attends Maks quelques km après. En général, il n y a pas de pistes, alors Maks et moi roulons sur le bas coté pour ne pas perdre trop de temps. De plus en plus fréquemment, les conducteurs venant sur la voie d’en face, sûrement excédés par les ralentissements, dépassent comme si nous n’étions pas là. Ils doivent penser que, vu nous sommes en bécane, « ça passe » ; mais par moments, c’est vraiment tendu… Il est même arrivé qu’une voiture double face à nous avec une seconde qui roulait à contre sens sur notre bas côté simultanément… De toute façon, c’est comme ça, il faut donc s’adapter ; on réduit la vitesse sur ces portions, et en ce qui me concerne, je m’attends à tout, tout le temps. Puis peu à peu, le paysage change ; on pénètre dans l’Oural. La forêt se densifie de chaque coté de la M5. Les guinguettes sur le coté vendent des pots de miel local. Le relief, relativement peu élevé, apparaît tout de même. Et puis, il y a toujours les rencontres à chaque arrêt ; durant une de nos pauses au sommet d’un col, en attendant Maks, un type vient vers moi en courant, il me demande d’où je viens, et n’en revient pas. Il me demande si il peut prendre des photos de la moto, si il peut me prendre en photo… Il s’appelle Sergueï et est kazakh. Je le connais depuis 30 secondes mais il tient absolument à m’offrir une bouteille de vodka du Kazakhstan, ainsi qu’une boîte d’un plat typique de la même provenance ; au début je refuse mais impossible, il veut rien savoir… Même si ça fait plusieurs milliers de km que je roule à travers la Russie, je suis toujours surpris ; dans le même contexte, plus tard, un mec me filera des CD de musique russe…

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Entrée dans l’Oural

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Sergueï et sa bouteille de vodka

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En partant d’une station, Maks m’indique qu’à 20 bornes de là, à l’Ouest il y a un pueblo se nommant Zlatoust ; ce village est ce que Laguiole est pour l’Aveyron : une commune célèbre pour sa fabrique artisanale de couteaux. On fait donc un crochet sur Zlatoust avant de reprendre notre route pour son village du coté de Miass. Dans la foulée, nous nous sommes arrêtés près d’un lac.

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Un des lacs de l’Oural

Au bout d’environ 1300 km parcourus ensemble, nous étions arrivés dans l’Oural, chez les parents de Maks. On a commencé par décharger les motos, puis ranger ces dernières dans le garage familial. L’habitation était dans un immeuble plutôt ancien. Le garage se situait approximativement à 1500m de l’appartement. Tout semblait organisé pour mon arrivé, la porte du garage refermée, le père nous attendait en bagnole devant. Maks m’explique dans la bagnole, n’ayant pas d’eau chaude dans l’appart, ils m’emmènent quelque part où je me laverais. Je lui réponds : « L’eau froide ne me fait pas peur » mais ils insistent. Après avoir roulé 2000m, on entre dans une enceinte clotûrée. Les parents possédaient un lopin de terre sur lequel, ils y cultivaient une grande variété de fruits et légumes ; et sur ce même lopin, ils ont construit un sauna, un vrai. La structure du bâtiment a été réalisée avec des « troncs de pins » superposés. Le sauna en lui même était bien d’une surface de 40m². C’était plutôt agréable… Puis est venu le repas ; sans exagérer, je t’assures qu’un sultan n’aurait pas été mieux reçu. Ma présence semblait être un événement. La mère a dressé une table au milieu du salon ; une profusion d’aliments colorait la table : poisson, poulet, fromages, pommes de terre, champignons, un plat d’une espèce de viande entourée d’omelette et d’autres trucs que je ne saurais décrire. Le tout arrosé de bière et d’une boisson alcoolisée artisanale à base de cerise (type mirabelle) que la mère fabriquait elle même. Lors du repas, la mère servait les petits godets de tout le monde, racontait un truc en russe, puis il fallait juste derrière s’envoyer le verre cul sec ; et ce durant le repas jusqu’à temps que la quille soit morte. A la fin du repas, j’étais un peu désemparé face à l’accueil de ces gens. Mais j’avais emmené quelques trucs dans mon sac pour ce ce genre de situation. Les différents guides dont j’avais pris connaissance conseillaient d’offrir des parfums « de paris » ou autres conneries de ce type. Moi, j’avais voulu, faire simple, durable, utile, compact et français : j’ai emporté une douzaine d’Opinel du n°9 au n°12. J’ai donc sorti un numéro 12 pour l’offrir à la mère. De toute de façon, elle avait l’air plus du genre à préférer les Opinel plutôt que des trucs de gonzesse. Elle semblait contente en tout cas ; vu que le père fumait, j’ai sorti une boîte de cigares, qu’on s’est mis à fumer ensemble. On a continué à la bière jusqu’à 3 heures du mat. Maks insistait pour que je reparte le sur lendemain, il souhaitait me montrer les environs. J’ai accepté ; le jour d’après, on a enfourché nos machines pour aller taquiner les pistes du secteur. Maks avait sa sœur comme passagère. Après la visite d’une carrière de marbre, une baignade dans un lac, on a fini dans le potager des parents à manger des fruits. Le repas du soir fut dans la même ambiance que celui de la veille, avec de la vodka à la place de l’alcool aux cerises…

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Carrière de marbre à environ 70 m au Sud d’Ekaterinbourg

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Ballade sur une piste du secteur

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Vue depuis le sommet d’une colline

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Baignade dans le lac