BALLADE AU CŒUR DE L’ALTAÏ RUSSE

Gorno-Altaïsk passé, Bestiole franchit le cap des 10000 km parcourus depuis Le Havre aux portes de la république de l’Altaï. L’Altaï signifiant ‘monts d’or » en russe est un massif montagneux qui se situe principalement en Sibérie mais s’étendant également jusqu’en Chine, Kazakhstan et en Mongolie. Ce territoire fut jadis turc, mongol, puis chinois pour devenir russe en 1864. Cette contrée serait habitée depuis plus de 300000 ans avant JC…Le sommet le plus élevé en altitude de l’Altai est le mont Beloukha, avec une hauteur de 4506m. (sommet le plus haut de la Siberie).

Au fur et à mesure où les km défilent, la région m’évoque un mélange de Sainte Hélène et d’Asie ; Saint Hélène pour les vallons verdoyants omniprésents  et l’Asie pour les faciès des habitants croisés en chemin.

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En traversant les premiers villages, les chevaux semblent être les rois ; ils sont partout, en liberté… L’activité des locaux apparaît comme étant essentiellement agricole. Suivant le conseil des mecs du Bike Bar de Barnaul,  je fonce vers le lac Teletskoye (ou Teletskoïe) ; je ne sais pas ce qui se profilera sur place, tout ce que je sais, est qu’un lac est là, aussi sublime que le Baïkal selon les dires des bikers. Ce lac, le plus grand des monts de l’Altaï mesure 78 km de long, 5 km de large et 325 mètres de profondeur et est enquillé entre les versants des massifs de  Korbou et d’Al-tyntou.

Arrivé à Artybash, le principal village bordant le lac situé au Nord de ce dernier, comme d’hab, je pars à la pêche aux infos ; je m’envoie un soda dans une espèce de paillote à proximité du plan d’eau où quelques navires sont amarrés à coté. Après m’être procurée une carte de la zone dans une des échoppes de souvenirs (le site est un peu «touristique »), je commence à tchatcher avec les tôliers de la paillotte, je leur demande s’il y a une route qui contourne le lac : « ziest daroga zdiess ? » « il y a une route ici ? » en leur montrant sur la carte. « Nyet, nyeto daroga » Ils me font comprendre que si je souhaite aller visiter le littoral lacustre, c’est en bateau ; ils insistent sur une destination particulière : la pointe Sud du Teletskoye, site naturel situé donc à 78 bornes de là. Puis un des clients, avec l’allure digne d’un membre du KGB d’un James Bond, m’interpelle en espagnol ! Un peintre russe, en vacances, vivant 6 mois de l’année en Espagne. On discute de choses et d’autres durant 10 minutes… Vu qu’on se comprend bien, je le sollicite comme interprète pour prolonger ma conversation avec les tôliers ; les interrogeant sur le sujet, ces derniers m’affirment qu’il y a une piste plus ou moins praticable sur une distance d’environ 100 km entre la pointe Sud et le village Ust Ulagan ; elle ne figure pas sur ma carte.

Lorsque une idée se mit à me germer dans le citron : charger la moto sur une embarcation, traverser les 78 km du lac, puis arrivé à sa pointe Sud, enquiller les 100 bornes d’off road jusqu’à Aktash pour récupérer l’axe routier menant en Mongolie (la M52).

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Itinéraire de la ballade

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Vue « d’ensemble »

Cette idée s’est vite enracinée comme une obsession dans mon crâne ; peu importe ce que ça pouvait impliquer, il fallait que je le fasse. Et puis je déteste faire demi-tour, si cette option ne s’avérerait pas réalisable, je serais contraint de repartir vers l’Ouest  sur plus de 200 bornes pour à nouveau récupérer la M52…

Je fais part de mon petit délire aux boss du troquet ; ils se sont regardés et sont restés perplexes ; via le peintre, je leur ai dit que c’était sérieux. Alors comme à l’accoutumée, tout le monde s’est mobilisé pour trouver une solution ; vu leur attitude, je me suis dit que la demande ne devait pas être courante. Ils ont passés des coups tels, appeler des mecs qui squattaient sur les bateaux d’en face… Quelques minutes plus tard un capitaine s’est pointé, il réclame une fortune pour la traversée, je refuse, en lui signalant que son bateau est 10 fois trop gros de ce qu’il ne faut (au moins 3 Tonnes, muni d’un 300 chevaux). Puis un second type propose ses services, beaucoup plus raisonnable, après 1 heure de négo et une poignée de main, on s’est accordé sur le taro. Une fois l’affaire conclue, il y avait pas de temps à perdre, la nuit sera là dans 1 heure et il ne voulait pas que son rafiot navigue de nuit. Alors après être monté sur le cigare au moteur, on s’est mis à 4 pour positionner les 230 kilos de l’Africa Twin sur l’étrave ; j’ai sorti une sangle à cliquet, ils ont amarrés quelques bouts et on décollait.

 

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Chargement du matos

 

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Nous voilà, avec Bestiole, partis  en croisière naviguant à une vitesse proche de 60 km/h. A l’intérieur de la barcasse, l’ambiance était festive : musique, bière et calamar séché…

 

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Les passagers, Yenda et Slava, me décrivaient le site (allusion au climat et à la faune présente comme l’ours brun et beaucoup d’autres mammifères…) et me contaient quelques légendes à propos du lac.

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1h30 après le départ, nous atterrissons sur une plage ; un genre de repère de chasse s’y trouve où des zicos jouent un rock des 70’s. L’un d’eux, me convie à leur sauterie… Dans la nuit, un vent à décorner les bœufs s’est levé me contraignant à tisser une toile d’araignée autour de la tente.

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Lorsque le jour s’est levé, j’ai découvert le splendide panorama  du lieu ; le site me paraît être un des rares lieux dans le monde, où la nature vierge garde sa richesse originelle. Alors je suis resté là 1 heure ou 2 à contempler, me balançant des watts dans les oreilles, je trouvais que ça avait vraiment de la gueule.

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Et puis il fallu revenir à la réalité, un groupe de vététistes passant par là m’ont aidé à dés enliser Bestiole, je n’avais pas voulu flinguer l’embrayage la veille…

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Après qu’une dame m’est offert un repas, j’ai attaqué la piste ; c’est ma première vraie session d’off road depuis le début du trip. La moto est trop lourde pour bouriner. Le chemin est très hétérogène : tronçons de boues, segments couverts de graviers, parties très bosselées avec des creux de plus 40cm par endroits, quelques petits ruisseaux cheminent en travers… La distance est de 118 km exactement jusqu’à Ust Ulagan ; tu longes la rivière entre 2 versants de montagne sur une distance d’environ 80 bornes où les différents décors s’enchaînent. Cette vallée est parfois très étendue, puis se rétrécie jusqu’à prendre l’aspect d’un canyon par endroits avec toujours des monts de l’Altaï en image de fond… Les cascades, sources, ruisseaux sont nombreux le long de la piste, le site est sublime. Je traverse quelques petits villages où par moments, il faut slalomer entre bœufs, chevaux et chiens. Le parcours se termine par l’ascension  d’un col pour passer de l’autre coté d’un massif, cette section est particulièrement en mauvais état, la bécane déguste sévèrement…

 

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Un des troupeaux rencontrés en chemin

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Dernière partie : le col

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Puis lors d’une pause photo, Bestiole se couche, à l’arrêt. Impossible de la relever seul, j’y arrive sur terrain plat, mais là le dévers baissait trop le centre de gravité de la charge. Les passagers d’un 4X4 m’aideront plus tard à la remettre sur ses 2 roues…

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A 14km de Ust Ulagan, j’entre dans un pueblo, un type me fait signe, pensant qu’il a besoin d’aide ou autre, je m’arrête ; le mec est complètement déglingué, il a du trop tirer sur le goulot, il s’appuie sur moi, me fait perdre l’équilibre. Bestiole se couche une seconde fois ; alors je reste calme, je redresse la machine, enclenche la première et embraye vers la M52, la frontière mongole n’est plus qu’à environ 200km.

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Quoi qu’il arrive, n’oublie pas : garde la flamme

 

 

Etape technique à Novossibirsk

Le 11/08/2014, Maks, devant se rendre à Ekaterinbourg, décide de m’accompagner jusque là bas et de m’aider à y trouver une paire de pneus que je prévoyais de monter 1500 bornes plus loin. En chemin, Maks me propose d’échanger les motos ; évidement je suis chaud pour ça. J’ai pris en main le Yamaha 1300 FJR ; je te raconte pas, j’ai bien sentis les 140 chevaux de la machine (ce n’était pas la version limitée) me pousser au cul ; ça changeait de l’Africa Twin. Alors je me suis bien fait plaisir sur 50 bornes… Arrivés à Ekaterinbourg, après plusieurs coups de téléphone, après plusieurs essais auprès de distributeurs de pneumatiques repérés sur internet la veille et malgré qu’Ekaterinbourg soit la 3ème ville de Russie, nous n’avons pas réussi à trouver les précieux articles à part un pneu tout terrain compatible à la roue avant. Nous nous sommes pas acharnés non plus, j’ai pensé que Maks avait certainement un programme pour sa journée, je lui ai donc dit de laisser tomber, que je démerderais plus tard. Il m’a mis sur les rails de la P351 en direction de Tyumen, puis nous nous sommes séparés de la même manière que nous nous sommes rencontrés : au bord d’une route. En tout cas le parcours avec Maks aura été bien sympa.

Je roulais à nouveau seul, sous la pluie, l’Oural dans mes rétros. Après une étape de 700 bornes (Miass-Ekaterinbourg-Tyumen) j’avais passé Tyumen d’environ 30 km. Plus je m’approchais d’Omsk et plus le paysage évoluait vers une sorte de désert tout vert. Au bord de la chaussée, l’intérieur de certains « cafés » était décoré de têtes d’élans, sangliers et autres gibiers. Il était possible de bivouaquer n’importe où tant l’espace était abondant et sans aucune limite apparente. C’est le début de la Sibérie ; je sentais le coté sauvage de l’environnement, je me sentais bien malgré le mauvais temps que j’ai eu jusqu’à peu avant Novossibirsk.

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Entrée en Sibérie

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Mais la préoccupation des pneus m’est revenue ; je décide d’en chercher à Novossibirsk. La moto a parcouru 9500 bornes depuis Le Havre et 10000 depuis la dernière révision et changement de pneus ; le pneu avant peut encore tirer 2000 bornes, l’arrière est lui secoué, sous la pluie (et même par temps sec) quand je tombe un rapport trop tôt, la bécane part en chiquette. Et puis, normalement Honda préconise d’effectuer la vidange tous les 6000km. Tu peux me croire, trouver un consommable aussi courant en Europe c’est easy, en revanche, en Russie, ça devient vite compliqué pour plusieurs raisons. D’une, les motos ne sont pas courantes comme en Europe donc les magasins de pièces détachées et consommables en sont d’autant plus rares, de deux, même en demandant, il faut que l’interlocuteur soit un minimum dans le milieu pour te renseigner de manière efficace et de trois, pour moi, il y a toujours la langue comme barrière. Mais une fois de plus, une rencontre opportune avec un biker russe dans une station service m’aidera. Peu de km avant Omsk, je rencontre Ivan ; il habite Moscou et revient de Tomsk avec son Kawa Versys. J’en profite pour lui demander où je pourrais trouver des pneus sur Novossibirsk ; il sort sa tablette, cherche sur internet (tout est en cyrillique, même cette manip, je ne suis pas foutu de l’opérer moi même) et me dit que c’est peut être possible. Je lui précise aussi, ma nécessité de trouver un garage pour effectuer la vidange et une petite révision. Il me dit : « T’as besoin de faire tout ça ? Alors le mieux, c’est que t’appelles ma sœur, Natasha, elle vit à Novossibirsk, c’est une chouette fille, elle t’aidera » Puis, il se mit à téléphoner à sa sœur en direct ;  en raccrochant, il me dit qu’elle attend mon appel. Je le remercie bien. Il me lâche son numéro, puis repart.

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Rencontre d’Ivan

Dans la nuit du 15 au 16/08/2014, je débarque sur Novossibirsk ; le temps de trouver une piaule et il est 2H00 du mat. Plusieurs heures plus tard, je ne cherche pas à comprendre, j’appelle direct Natasha. Moins de 2 heures après mon appel, la nana se pointe et m’embarque dans sa caisse ; fille plutôt cool, genre rock, grunge, on sympathise vite. Son anglais est digne d’un britannique, du coup, c’est parfait, on communique bien ; c’est la première fois que je peux aussi bien m’exprimer et comprendre une personne de Russie. Elle me conduit dans un magasin de moto, « FBR » (For Bike and Rider) ; le type, sur place, a les pneus. Il me vend un Heidenau K60 Scout en 140 (made in Germany, excellente réputation) pour l’arrière et un Shinko E 700 (made in Koréa) pour l’avant. C’est tout ce qu’avait le type mais c’était parfait ; je ne pouvais pas espérer mieux que ça. J’ai acheté un bidon d’huile dans la foulée. D’ailleurs, si un biker est dans ce secteur et cherche du matos, voici les coordonnées :

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Je pouvais tout demander au mec, Natasha traduisait tout, c’était pour moi un sacré confort. Fournissant uniquement les pièces et pneus, sans montage, le vendeur indiqua à Natasha l’adresse d’un monteur. Après avoir acheter les pneus et l’huile, elle m’emmena voir le monteur de pneus ; on a pris RDV pour le lendemain. Derrière, nous sommes retournés à l’hôtel pour y déposer le matos. Natasha me demande ensuite ce que j’ai de prévu pour ce soir, je lui réponds « absolutely nothing ! » Je pars donc avec elle pour une soirée avec 2 de ses copines. Je te le dis tout de suite, quand j’ai vu les moeufs débouler, équipées de plusieurs litres de bière, d’une quille de champagne et une d’armagnac, je me suis dis que « ça y est, encore une embuscade ». je ne m’étais pas trompé… Cette observation a suscité chez moi la curiosité ; j’ai demandé à Natasha « qu’est ce qu’elles fêtent ? » Elle me répondit qu’ici, lorsque les mecs sont pas là, les filles sortent ensemble et se mettent la race. « Malheureusement, effectivement, nous buvons de trop !  » La dernière partie de la soirée s’est déroulée dans un bar où Natasha a joué un morceau de gratte…

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De G à D : Natasha, Llena, et katia

Levé en fin de matinée, je n’avais pas de temps à perdre ; les pneus amarrés à l’arrière de la moto, j’ai tracé chez le monteur. Pendant qu’il démontait les pneus, je m’affairais à la vidange et au contrôle des niveaux, serrages, et checking complet. En Russie, même faire monter des pneus peut être une aventure (en tout cas pour moi) et une occasion de tcatcher. En inspectant les neufs, je vois que ces derniers sont tubeless (sans chambre à air) ; hors Bestiole était montée en tube type (avec chambre à air). Je vois Yesguine (le monteur) enquiller la chambre à air dans le pneu. Je lui pose donc la question si il est sûr qu’il faut l’enquiller, vu que les pneus sont tubeless. Il essaye de m’expliquer mais je ne comprends pas tout ; je lui emprunte son tel, contacte Natasha pour qu’elle traduise. En fait, il me disait que les jantes, elles, ne sont pas tubeless, puisque la jonction entre la jante et les rayons n’étant pas étanche, laisse l’air s’échapper du pneu et donc le montage sans chambre à air n’est pas envisageable. Son explication m’a paru cohérente, j’ai validé le montage. Derrière, je me suis renseigné ; apparemment, monter un pneu tubeless avec chambre à air sur une jante tube type est un montage correct. En revanche, réaliser ce type de montage sur une jante tubeless est incorrect et dangereux (puisque l’air emprisonné entre la chambre à air et le pneu favorise un échauffement de la zone pouvant provoquer un éclatement…). Je m’endormirais un peu moins con ce soir. Ayant observé le montage des pneus, je ne m’imagine même pas changer une chambre à air sur le pneu arrière au milieu de la Mongolie ; je me suis donc mis dans le crâne de trouver un pied de biche ou un truc dans le genre avant de passer la frontière. En ce qui concerne la partie « entretien », rien n’a bougé. Les niveaux du liquide de frein, refroidissement étaient presque au max-Plaquettes OK-Support de coffres, rien n’a bougé-Filtre à air clean-Bougies nickel-connexions électriques RAS-radiateurs étanches-durites bon état-câbles embrayage + accélérateur OK-Joints spi de fourche corrects-filtre à essence propre-100% des ampoules fonctionnelles. L’amortisseur, lui, m’a par contre semblé plus souple qu’au départ, il est d’origine, j’espère qu’il tiendra. Le seul truc qui m’a chagriné est les 50 grammes de plomb sur la roue avant coté gauche (rien du coté droit) ; ça m’a parût bizarre, alors j’ai déposé les coffres , et je suis monté à 170 km/h et j’ai lâché le guidon, rien ne semble bouger ; j’en conclus que ça le fait. Je suis très loin d »être un As de la mécanique ou de la bricole mais j’ai la sensation que Bestiole est prête.

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Pneus trail montés, révision opérée, je suis prêt pour partir en Mongolie ; j’avais tablé sur un minimum de 3 ou 4 jours pour effectuer cette révision. Grâce à Natasha, en 36 heures après mon arrivée sur Novossibirsk, c’était plié. Elle n’avait pas l’air de s’en rendre compte mais son assistance m’avait été précieuse. Avant que l’on se quitte, elle me conseilla vivement de me rendre au Bike Bar de Barnaul, puis elle m’indiqua un hôtel dans la même ville.

 

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Natasha

Elle m’ a mis ensuite sur les rails pour rejoindre Barnaul ; ma chaîne me semblait trop tendue alors je me suis arrêté au bord de l’Ob pour l’ajuster. C’est là que je rencontre Sergueï et sa femme Katia ; il était proche de 19 heures, ces derniers me disent qu’ils est plus prudent de partir demain à la fraîche et m’invitent à dormir chez eux. Après tout, » je suis en retraite », je ne suis pas pressé, alors je les suis. Sergueï était plus ou moins fondateur d’un club de moto sur Novossibirsk ; Katia était une artiste : photographie, couture, peinture et dessin animaient son quotidien. La soirée fut bien tranquille, je repartais le lendemain.

 

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Katia et Sergueï

 

Arrivé sur Barnaul, je me suis mis à chercher l’hôtel indiqué par Natasha. Ce genre d’hôtel étant pas évident à dénicher, les coordonnées sont les suivantes :

 

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550 roubles la nuit (soit 11 €) ce qui peut t’éviter de prendre un hôtel dans le centre à un prix moyen compris entre 100 et 150€ la nuit. Cet hôtel est difficile à trouver, sans GPS, ni carte de la ville, j’ai du demander mon chemin à pas moins de 7 personnes avant de le trouver. Installé dans cet hôtel, je suis allé faire un tour au fameux « Bike Bar ». Avant d’être un lieu de bikers, l’endroit m’a parût être une galerie d’art ; moteurs, carburateurs, pots d’échappement, guidons, amortisseurs étaient fixés aux murs, un « dessous de voiture » est même enquillé dans le plafond ! Les chaises de bar sont constituées d’amortisseurs et de selles de Harley.  Le bar est également un restaurant où ,tu peux manger ton morceau de barbaque sur fond de Deep Purple… Quand j’y suis allé, les clients étaient de type, pilotes de sportives (Z1000 Kawa, 900 CBR et autres). Ces derniers m’ont demandé si j’avais de quoi que ce soit. En discutant, ils me recommandent d’aller vers le lac Teleskoye (situé dans l’Altaï russe) avant de me rendre en Mongolie. Je pense aller faire un tour là bas aujourd’hui.

 

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Etant maintenant à 800km de la Mongolie, je suis, comme à chaque passage de frontière, partagé entre un sentiment de frustration de quitter un pays qui me plaît et un autre d’excitation à découvrir un nouvel état. Alors j’avance, c’est le principe du road trip : aller toujours plus loin.

 

 

 

CAP VERS L’OURAL EN DUO

Après ces quelques jours passés sur Stalingrad, Bestiole avait besoin de se dégourdir les cylindres. Décidés à enquiller des bornes, nous mettons donc les voiles en direction de l’Oural en empruntant la P228 le long de la Volga. Première étape à Saratov. Le lendemain, en faisant le plein dans une station, je rencontre Maksime, un biker russe ; on se retrouve sur la route quelques dizaines de km plus loin ; Maks rentrait de vacances des côtes de la Mer Noire, il rentrait chez lui dans un petit village de l’Oural. Il me propose de rouler ensemble jusque là bas ; il a un plan pour dormir à 400 bornes d’ici. Je lui dis que ça me branche. Nous voilà partis à 2 pour un prochain arrêt à Togliatti. Croiser le chemin de quelqu’un, c’est intéressant, en partager un bout, un morceau est souvent riche d’expériences. le soir, on arrive à Togliatti chez un frère d’armes de Maks : Mihaïl. Je n’ai jamais vu ce mec et il me reçoit comme l’un de ses meilleurs potes. En discutant, Mihaïl me recommande de me rendre au musée technique de Togliatti où tous types de matériels militaires y seraient exposés. Lui montrant mon enthousiasme, Maks décide de m’y emmener le lendemain matin avant de reprendre la route.

Arrivés au musée, l’éventail d’armes présentées était, le moins qu’on puisse dire, très complet. Moi qui fus souvent déçu de ce genre de musée, où le tôlier, avec son grand sourire jusqu’aux oreilles, tout fier de te montrer 3 pauvres flingues dans une vitrine… Là, pour une entrée à 100 roubles (soit environ 2€) t’en as pour ton pognon ; répartis sur plusieurs hectares :  avions de chasse (dont Migs 15, 16, 21, 23, 31…),  tanks, canons d’artillerie, trains blindés, batteries anti aériennes, DCA, missiles, tracteurs, camions de transport de troupes, mines nautiques, hélicoptères, antennes mobiles, 1 sous marin… Les matériels datent principalement de la seconde guerre mondiale ou de l’époque de la guerre froide. Il n’y avait pas de fioritures, pas de salles avec écrans, juste un terrain, des armes exposées avec une plaque de description en russe devant chaque engin. Enfin, un bâtiment présentait du matériel de parachutisme et d’aérospatiale.

 

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Sous marin de 90m de long, « type 641B »

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En partant, nous nous sommes arrêtés au boulot de Mihaïl pour le saluer, avant de tracer sur la M5 en direction de Ufa. Depuis Saratov, les paysages avaient l’aspect de steppes.

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Le long de la Volga sur la P228

 

La nuit tombée depuis 2 bonnes heures, on s’est arrêté pour bivouaquer en bordure d’un champs de colza.

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Plus nous progressions vers l’Oural et plus la route nous dévoilait ses dangers ; sections de chaussée bosselées, creusées, défoncées, et tronçons sans asphaltes se succédaient. Peu de kilomètres avant Ufa, on arrive quelques minutes après un face à face entre 2 voitures. Un corps était étendu sur le sol ; vu l’état des 2 carcasses, les autres passagers s’ils n’étaient pas morts  ne devaient pas en être loin. La circulation quant à elle est rythmée par les segments de route en travaux ; ce qui provoque des ralentissements, voire des bouchons sur plusieurs km. Parfois, il y a une piste parallèle à 50m de la route. Lorsque ça bouchonne, j’empreinte ces pistes, ce qui me donne l’occasion de tester la moto sur chemin et de me tirer la bourre avec les Lada Niva, et j’attends Maks quelques km après. En général, il n y a pas de pistes, alors Maks et moi roulons sur le bas coté pour ne pas perdre trop de temps. De plus en plus fréquemment, les conducteurs venant sur la voie d’en face, sûrement excédés par les ralentissements, dépassent comme si nous n’étions pas là. Ils doivent penser que, vu nous sommes en bécane, « ça passe » ; mais par moments, c’est vraiment tendu… Il est même arrivé qu’une voiture double face à nous avec une seconde qui roulait à contre sens sur notre bas côté simultanément… De toute façon, c’est comme ça, il faut donc s’adapter ; on réduit la vitesse sur ces portions, et en ce qui me concerne, je m’attends à tout, tout le temps. Puis peu à peu, le paysage change ; on pénètre dans l’Oural. La forêt se densifie de chaque coté de la M5. Les guinguettes sur le coté vendent des pots de miel local. Le relief, relativement peu élevé, apparaît tout de même. Et puis, il y a toujours les rencontres à chaque arrêt ; durant une de nos pauses au sommet d’un col, en attendant Maks, un type vient vers moi en courant, il me demande d’où je viens, et n’en revient pas. Il me demande si il peut prendre des photos de la moto, si il peut me prendre en photo… Il s’appelle Sergueï et est kazakh. Je le connais depuis 30 secondes mais il tient absolument à m’offrir une bouteille de vodka du Kazakhstan, ainsi qu’une boîte d’un plat typique de la même provenance ; au début je refuse mais impossible, il veut rien savoir… Même si ça fait plusieurs milliers de km que je roule à travers la Russie, je suis toujours surpris ; dans le même contexte, plus tard, un mec me filera des CD de musique russe…

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Entrée dans l’Oural

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Sergueï et sa bouteille de vodka

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En partant d’une station, Maks m’indique qu’à 20 bornes de là, à l’Ouest il y a un pueblo se nommant Zlatoust ; ce village est ce que Laguiole est pour l’Aveyron : une commune célèbre pour sa fabrique artisanale de couteaux. On fait donc un crochet sur Zlatoust avant de reprendre notre route pour son village du coté de Miass. Dans la foulée, nous nous sommes arrêtés près d’un lac.

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Un des lacs de l’Oural

Au bout d’environ 1300 km parcourus ensemble, nous étions arrivés dans l’Oural, chez les parents de Maks. On a commencé par décharger les motos, puis ranger ces dernières dans le garage familial. L’habitation était dans un immeuble plutôt ancien. Le garage se situait approximativement à 1500m de l’appartement. Tout semblait organisé pour mon arrivé, la porte du garage refermée, le père nous attendait en bagnole devant. Maks m’explique dans la bagnole, n’ayant pas d’eau chaude dans l’appart, ils m’emmènent quelque part où je me laverais. Je lui réponds : « L’eau froide ne me fait pas peur » mais ils insistent. Après avoir roulé 2000m, on entre dans une enceinte clotûrée. Les parents possédaient un lopin de terre sur lequel, ils y cultivaient une grande variété de fruits et légumes ; et sur ce même lopin, ils ont construit un sauna, un vrai. La structure du bâtiment a été réalisée avec des « troncs de pins » superposés. Le sauna en lui même était bien d’une surface de 40m². C’était plutôt agréable… Puis est venu le repas ; sans exagérer, je t’assures qu’un sultan n’aurait pas été mieux reçu. Ma présence semblait être un événement. La mère a dressé une table au milieu du salon ; une profusion d’aliments colorait la table : poisson, poulet, fromages, pommes de terre, champignons, un plat d’une espèce de viande entourée d’omelette et d’autres trucs que je ne saurais décrire. Le tout arrosé de bière et d’une boisson alcoolisée artisanale à base de cerise (type mirabelle) que la mère fabriquait elle même. Lors du repas, la mère servait les petits godets de tout le monde, racontait un truc en russe, puis il fallait juste derrière s’envoyer le verre cul sec ; et ce durant le repas jusqu’à temps que la quille soit morte. A la fin du repas, j’étais un peu désemparé face à l’accueil de ces gens. Mais j’avais emmené quelques trucs dans mon sac pour ce ce genre de situation. Les différents guides dont j’avais pris connaissance conseillaient d’offrir des parfums « de paris » ou autres conneries de ce type. Moi, j’avais voulu, faire simple, durable, utile, compact et français : j’ai emporté une douzaine d’Opinel du n°9 au n°12. J’ai donc sorti un numéro 12 pour l’offrir à la mère. De toute de façon, elle avait l’air plus du genre à préférer les Opinel plutôt que des trucs de gonzesse. Elle semblait contente en tout cas ; vu que le père fumait, j’ai sorti une boîte de cigares, qu’on s’est mis à fumer ensemble. On a continué à la bière jusqu’à 3 heures du mat. Maks insistait pour que je reparte le sur lendemain, il souhaitait me montrer les environs. J’ai accepté ; le jour d’après, on a enfourché nos machines pour aller taquiner les pistes du secteur. Maks avait sa sœur comme passagère. Après la visite d’une carrière de marbre, une baignade dans un lac, on a fini dans le potager des parents à manger des fruits. Le repas du soir fut dans la même ambiance que celui de la veille, avec de la vodka à la place de l’alcool aux cerises…

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Carrière de marbre à environ 70 m au Sud d’Ekaterinbourg

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Ballade sur une piste du secteur

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Vue depuis le sommet d’une colline

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Baignade dans le lac

 

 

MAMAYEV KURGAN

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Arrivé dans le centre ville, il n’ y a pas tellement de choix pour l’hébergement alors je prends une piaule dans un immense hôtel qui donne sur une grande place.

Une fois la moto parquée, les sacs stockés et le bonhomme cleaner, je me mets à errer dans la ville, histoire de voire ce qui s’y passe ; dans un parc, j’entends du son qui provient d’une zone située en contre bas. En me dirigeant vers la musique, j’arrive au bord de la Volga ; plusieurs bars, discothèques, « péniches-boîtes » et clubs de steap tease y ont élu domicile. En entrant dans une boîte, je sympathise avec le videur, c’est un arménien… A l’intérieur, accoudé au comptoir, je commande au barman une double Vodka ; la musique est style rétro-disco. Au bout de 2 rasades, je demande au barman si je peux fumer : « Mojna kourit ? » Il me répond qu’il faut sortir dehors ; je me retrouve donc  avec le videur, on commence à taper de la gueule lorsqu’une nana se pointe et me demande du feu. Elle garde le briquet dans sa main et me questionne (comme d’hab ; « d’où tu viens ? Que fais tu ici ? » etc) ; le vigile répond  à ma place. Puis elle se met à parler anglais, on discute un moment et elle me dit spontanément que si je voulais, elle pourrait m’organiser une visite de Mamayev Kurgan le lendemain ; ça tombe bien, j’étais venu pour ça. Travaillant ce jour là, elle me propose un créneau de 8 à 10, je lui dit « OK, ça marche pour moi. »

Mamayev Kurgan, signifiant la mère patrie (sous entendu « protégeant ses enfants »), est une statue dominant un gigantesque complexe mémorial constitué de statues, de sculptures, et de monuments. Mamayev Kurgan est située au sommet d’une colline de Stalingrad*. Cette statue a été érigée en mémoire de la célèbre victoire de Stalingrad et des pertes subies par les soldats et civils soviétiques ; cette bataille (17/07/1942 – 02/02/1943) considérée comme la plus meurtrière de l’histoire (près de 2 millions de morts estimés) fut le tournant de la seconde guerre mondiale. C’est ici que les nazis s’étaient pétées les dents. Le courage, la ténacité, le déterminisme et le sacrifice de la population civile et des soldats soviétiques avaient eu raison de la machine haineuse nazie. Le déclin de l’Axe a débuté à l’issue de cette bataille. En bon normand, sensible et intéressée par l’histoire de la seconde guerre mondiale, il m’était inenvisageable de me rendre en Russie sans aller méditer quelques instants dans ce lieu chargé d’histoire et de symboles.

Le lendemain, je me rends à l’heure convenue avec Bestiole sur le site. Olga est prof d’anglais et de littérature russe à l’université. Elle connaît toute l’histoire du site par cœur ; c’était nickel, j’avais ma guide perso. La statue de Mamayev Kurgan a une hauteur de 85 mètres (en comprenant la taille du sabre). C’est la plus grande statue de Russie, pour comparer, à quelques mètres près, elle est aussi haute que la statue de la liberté de New York. L’ensemble atteint un poids proche de 8000 tonnes ; la composition étant d’acier et de béton. Evidemment, la précontrainte a été utilisée pour sa construction, le châle en porte à faux pesant 250 tonnes. Sa réalisation a commencé en 1959 pour s’achever en 1967. Olga m’a expliqué que l’architecte chargé de cette mission a pris comme modèle une de ses amies (de l’archi). Pour accéder jusqu’au pied de la statue, tu dois partir d’un boulevard, gravir de larges marches, contourner une fontaine où figure une imposante sculpture de soldat, traverser une esplanade entourées de statues, gravir à nouveau des marches où de chaque coté des gravures représentant des soldats dans l’action, pour arriver enfin dans un sanctuaire en contre bas de Mamayev Kurgan. Ce sanctuaire est un bâtiment construit de manière circulaire où des milliers de noms de victimes sont inscrits sur les murs ; une flamme allumée 24/24 toute l’année y trône au centre. Autant dire que l’endroit est impressionnant, et le mot est faible. L’ambiance est solennelle. Olga me confiera que son grand-père est décédé dans cette bataille… Et puis, dans nos conversations, nous avons également évoqué le parcours du légendaire tireur d’élite Vassili Grigorivitch Zaïtsev qui au cours de ce siège sanglant abattit 225 soldats nazis, sous officiers et officiers allemands avec son fusil Mosin Nagant. Sa tombe se trouve au pied de Mamayev Kurgan.

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Le sanctuaire, vue de l’exterieur

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Le sanctuaire, vue de l’intérieur, sur les plaques au mur, des noms de victimes de la bataille inscrits

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MAMAYEV KURGAN

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L’un des nombreux murs gravés

 

 

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Fontaine avec la statue de soldat

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Mur sculpté

Une fois la visite du site terminée, il fallait que je fasse le point ; n’ayant rien préparé, je devais plus ou moins établir un plan de route. J’ai donc décidé de quitter cet énorme et luxueux hôtel, pour raisons économiques, mais surtout parce que moins un endroit est luxueux, plus il est miteux, mieux je m’y sens. Une dame d’un kiosque m’indique un quartier de la ville à 9 bornes du centre où je pourrais certainement trouver ce genre d’endroit. Je trace vers la banlieue indiquée, demande « gastinitsa ? » à une bande de jeunes. Il me conduise au lieu recherché. Alors après avoir achetés quelques vivres et une quantité industrielle de bière, je me suis installé, j’étais chez moi ; d’autant plus qu’une partie de la baraque était en chantier, je me sentais dans mon élément. J’ai donc étudié les cartes, évalué les temps de parcours et vérifié si les visas (avec nombres d’entrée / sortie…) correspondaient à ce que « je planifiais ». C’est d’ici que j’ai lancé ce blog aussi.

Je serais resté 2 ou 3 jours ici, et fatalement, le fait d’être là, sans « bouger », à part pour aller chercher une ou deux bricoles au kiosque du coin, m’a donné l’opportunité de rencontrer plusieurs personnes qui gravitaient autour de la maison. Cette « guest house » est une grande bâtisse divisée en plusieurs parties. 1 pour les propriétaires et patrons du business, 1 seconde pour les employés, 2 autres pour les clients (étant principalement des ouvriers du bâtiment en déplacement). J’y ai fait la connaissance d’Igor, il s’occupait du potager, de la maintenance de la maison et l’avait apparemment construit de ses mains. Son visage semblait celui d’un type dont la vie n’a pas épargné. Il savait tailler et sculpter les pierres, son travail m’impressionnait ; on a passé plusieurs moments ensemble à fumer des clopes sous le porche de la maison, en communiquant uniquement par le gestuel. La patronne, femme de 50-55 ans, au regard sévère, n’était pas tendre avec lui dans ses propos, y avait pas besoin d’avoir fait LEA spécialité langue russe pour s’en rendre compte… Et puis, Bouyezine, le mari de la patronne, m’a invité un soir à boire une tasse au bistrot du coin. Pour lui rendre la pareille, la veille de mon départ, je l’ai convié à partager un godet de calvas sous le porche ; vu qu’il baragouinait quelques mots d’anglais et de français, on discutait dans un mélange de russo-anglo-français. Il se mis à me raconter les déboires qu’il avait avec sa femme et à me parler d’alcool ; il m’annonça qu’en Russie, ils fabriquaient également du calvas. Vu ma perplexité, il me demanda d’emmener une de mes gourdes et de le suivre. Nous avons longé la demeure, puis derrière celle-ci, il a décadenassé une porte qui donnait dans une espèce de fourbi où tout un tas de merdier y était entreposé. Une fois à l’intérieur, il déverrouilla un massif cadenas qui sécurisait un énorme coffre en bois ; à l’intérieur y était enquillé un grand nombre de fioles d’une contenance unitaire d’environ 25cl ; il en saisit une, dévissa le bouchon puis me la tendit afin d’en humer le parfum. Sur le vif, j’ai songé que ça avait plus l’agressivité du kérosène que la saveur d’un bon calvados. Ensuite, il m’arracha ma gourde des mains, puis y versa le contenu ; de retour au porche, j’en ai pris une goulée ; ma langue le regrettera pendant 3 jours. C’était tellement puissant, que ça m’avait carboniser les papilles…

C’est dans cette banlieue également que j’ai constaté les difficultés au quotidien pour les gens ; particulièrement pour des personnes âgées passant leur temps à errer, à la recherche de canettes vides pour les revendre. D’autres tentaient de vendre des fleurs ou des pastèques dans les parcs. Le centre ville est toujours « une façade », à la périphérie, t’es plus dans la réalité, c’est comme ça, c’est partout pareil. Je l’apprendrais plus tard, les vendeurs de fruits et légumes au bord des routes sont généralement aussi des personnes âgées qui essayent d’obtenir un minimum de revenus pour compléter leur maigre retraite. Les propriétaires de Porsche, de Ferrari et autres voitures de luxe de Moscou étaient bien loin. je quittais Stalingrad sur ce sentiment le 05/08/2014.

 

* J’utilise volontairement Stalingrad, puisque, ici, visiblement, ça ne gêne personne que je nomme la ville de cette manière. (A l’issue de la guerre, Stalingrad a été rebaptisé Volgograd).

DE MOSCOU A MAMAYEV KURGAN

En partant de Moscou, je ne cherche même pas à lire les panneaux. Marc m’indique la direction pour attraper le périphérique, derrière je fonctionne à l’ancienne : la boussole. Je me dirige plein Sud et me retrouve sur la M4 ; la M4 prend un cap  Sud Ouest, pour être bien, il faudrait que je sois sur la M6 qui tire quelques degrés vers l’Est. C’est pas grave, j’enchaîne les bornes sur la M4. Au bout de 250 km, je trouve une station et y effectue le plein. En Russie, tu payes toujours avant de te servir, c’est comme ça. Tu rentres dans la station donne l’argent à la nana, delà tu peux te servir avec ce que t’as provisionné. Je donne toujours plus qu’il n’en faut pour être sûr que Bestiole soit bien rassasiée (le litre « de 95 » tourne autour de 34 roubles, soit environ 0,76€). Une fois que t’as fini, tu récupères la monnaie auprès de la nana. La monnaie récupérée, je sors pour retrouver Bestiole : il y a 7 types autour.

Un interlocuteur principal se manifeste, je serais incapable d’écrire la conversation « en russe phonétique » (c’est l’écriture du russe pour les novices construite à base de phonétique du russe avec notre alphabet), ceci dit, vu que c’est souvent les mêmes questions, j’arrive à reconnaître plus ou moins certains mots :

–  » D’où tu viens ? »

– « France »

– « AAH, Franssous, jalachov, jalachov !  » (Ah, français, bien, bien)

– « Skolka kilometres france ? »  (combien de km de France ?)

– là j’écris 4500 sur mon bloc note

– « la moto à combien elle avance au taquet ? »

– là, je montre 180 sur le compteur puis, je touche le merdier à l’arrière de Bestiole, et je montre 120

– « Goutz, goutz » je me dis que ça doit signifier lourd

– Et vient toujours : « où vas tu ? »

– « Vladivostok »

– « Kak Vladivostok ??? » (quoi Vladivostok ???)

– « Da, Vladivostok » (oui Vladivostok)

– « Ouaaaaaa VLADIVOSTOK !!!! » Et là les mecs se mettent les mains sur la tête et disent « nyet » (non) ; ils me font à moitié flipper, est ce si loin que ça ?

– « Adjin ? » (seul ?)

– « Da adjin » là ils ont la même réaction que plus haut

En gros, les conversations rapides dans les stations services ressemblent à ça. A chaque arrêt c’est la même.

Après ils me disent tout un tas de trucs, certainement que je suis cinglé, ils me tapent sur l’épaule, me serrent la main, me demandent mon prénom et me souhaitent bonne chance. Au moment où je démarre, ils commencent tous à vouloir claquer leur rupture avec la poignée d’accélérateur. Mais ils sont cool, alors j’en laisse faire 2 ou 3, je les salue et puis je m’arrache.

Je continue de tracer sur la M4, la nuit tombe, je m’arrête dans un motel, je suis environ à 5OO bornes de Moscou. Jusqu’à présent, sur les routes, il y a toujours un endroit ou grailler, toujours un endroit ou dormir. Les échoppes, les stations services, les motels sont fréquents. Tu manges un repas bien garni pour quelques euros. Je sais pas si c’est l’été qui veut ça mais le midi, il y a toujours des espèces de petits restos qui ont de la viande qui grille sur de la braise de feux de bois. Il y a tout ce que tu veux au bord de la route : des mecs qui vendent des têtes de sangliers empaillés, (j’ai failli craqué mais bon…) des kiosques qui vendent de la bière, des clopes, des paysans qui vendent leurs fruits et légumes… Quand je prends une piaule dans un motel, j’ai fait le test plusieurs fois, avant même que je pense à poser la question, quelqu’un me dit « motorcycle » (moto) et on m’emmène toujours dans un recoin ou un espace clos pour y mettre Bestiole. Les routes de Russie semblent être conçues pour que tu puisses rouler 24h/24.

Le lendemain, je sors sur la A144 pour rejoindre la M6, je navigue d’Ouest en Est. La route est bonne alors j’avoine un peu. Les camions Kamaz qui fument au bord de la route sont nombreux tout comme les contrôles de police qui le restent également (je ne change rien à ma technique). je vois des accidents régulièrement. Il fait nuit, je suis pratiquement arrivé à la jonction de la M6, je m’arrête à un kiosque d’un pueblo pour boire un soda. Au moment où j’allume une clope, une bande de jeunes bikers munis de petites cylindrées déboulent et scotchent sur Bestiole. Ils ne me posent aucune question, ils paraissent fasciner par la moto ; ils se penchent, regardent dessous, inspectent les pneus, les valises… L’un d’eux me demande la permission de monter dessus ; bien sûr, je lui donne. Ils se prennent en photo, dessus, à coté… C’est quand même dingue de voir à quel point ils hallucinent sur cette machine. Au moment où je grimpe Bestiole pour continuer mon chemin, je comprends qu’ils ont l’intention de me suivre ; ils le feront les 10 prochains km.RIMG0217

Je continue de rouler jusqu’à la M6. Je prends une piaule dans un motel, j’y rencontre Youri, un chauffeur de camion Kamaz. Ce mec est bien tripant, C’est un pro du dessin, on arrive donc à bien communiquer. Je sors une de mes gourde de calvas pour l’occaz…

Le reste de la route se fait tranquille, nous sommes le 31/07/2014 et  j’arrive sur Volgograd (Stalingrad) ; j’ai presque fait 300 bornes de plus que nécessaire à force de vouloir récupérer la M6 en début de parcours, soit 1300 km en 2,5 jours.

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Arrivée sur Volgograd (Stalingrad)

LES BIKERS DE MOSCOU

Le jeudi 24/07/2014, je pars du motel pour aller sur Moscou ; il y a normalement 25 bornes, au bout de 70 bornes, je ne suis toujours pas rendu dans le centre. Tous les panneaux sont en cyrillique, je n’y comprends rien. Il devient vital pour moi de me mettre au russe, au moins savoir le lire dans les plus brefs délais.

Je finis tout de même par me retrouver dans le centre à chercher l’adresse d’une auberge mentionnée sur le net comme étant la moins chère de Moscou.

J’arrive à un feu, un biker avec un trail BM arrive à mon niveau : c’est un flic. Il me regarde des pieds à la tête pendant un bon moment. Je me dis « merde, cette fois j’y échapperais pas ». Il me dis un truc, je lui fais comprendre que je ne parle pas un mot de russe, le feu passe au vert, il démarre. Nickel.

30 secondes plus tard et 2 croisements plus loin, je m’arrête pour un point carte ; j’ai à peine le temps de descendre de la moto, qu’un type se pointe et me demande en anglais si je suis perdu. Naturellement, je lui réponds oui. On commence à parler, je lui explique où je veux aller, il me parle de moto et me dit qu’il est biker. Il fouine dans son I phone, localise l’adresse et me propose que je le suive jusqu’à l’adresse de l’auberge. Il enfourche sa Transalp, je le suis, 20 minutes plus tard, nous étions arrivés. On prend le temps de parler plus longuement, on se présente, il me file son numéro et me dit que si je voulais visiter la ville il était dispo ce week end ; je lui dit OK, je t’appelle samedi. Il s’appelle Alexander.

Une fois Alexander parti, je monte dans l’appart, je règle la paperasse avec la nana de l’hôtel puis je redescends à la moto pour la décharger. Au moment ou je finis d’enlever un second sandow, une caisse de dingue (BMW5.50I) se gare à coté de moi. Le conducteur sort de sa voiture et vient tout de suite vers moi ; il me dit en anglais : « moi aussi je suis un biker » en me serrant la main, il ouvre une des portes arrière de la bagnole et me montre son casque avec sa combinaison. On parle bécane ; il me demande si j’ai un endroit où mettre Bestiole ce soir, je lui réponds non. Il me dit : « viens, suis moi ». Il m’emmène derrière un bâtiment, me désigne un emplacement pour Bestiole, il insiste sur le fait que c’est ici qu’il faut la parker et pas ailleurs. Il me salue et part.

A cet instant, étant un minimum méfiant, pendant une fraction de seconde je me suis dit « c’est trop beau pour être vrai y a une embrouille ». Mais non, il y avait zéro embrouille, tous les bikers rencontrés à Moscou sont comme ça. Ils sont toujours prêt à t’assister ; j’utilise assister volontairement car c’est vraiment le cas. C’est ce jour là que je prends conscience que Bestiole n’est plus qu’un simple moyen de locomotion mais bien « un instrument de rencontre ». Ici la moto favorise le contact, suscite les questions, provoque l’approche des gens ; elle est devenue pour moi un  véritable outil de communication.

Le lendemain, je visite la Place Rouge, le Kremlin, le Goum, le Bolshoï… la ville me paraît gigantesque, la plus part des rues ont jusqu’à 6 voies de circulation. Les bâtiments sont massifs et impressionnants. Ceci dit, la ville a un coté très agréable ; il y a d’énormes parcs munis de fontaines partout. Evidemment la ville semble regorger de femmes sublimes. A l’hotel, l’ambiance est très bonne, j’y rencontre un français qui connait bien la Russie, Marc, un type bien cool, qui enrichit un peu mon maigre lexique russe. D’ailleurs au passage, je recommande l’adresse : Iris Hotel 4ème Tverskaya-Yamskaya, 5 (1000 roubles le lit dans une chambre de 4) proche du métro, environ 30 minutes à pieds de la Place Rouge.

Le lendemain, comme convenu, j’appelle Alexander ; on se donne RDV à une station de métro. On part en bécane à l’université située en hauteur au Sud Ouest de Moscou. Le site offre un panorama sur toute la ville.

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Avec Alexander au point de vue de l’université

Alexander me décrit tous les gros édifices et différents quartiers. Une bikeuse se pointe et se gare juste à coté de nous. Nous l’observons car elle a un style bien particulier ! Elle porte une espèce de robe-jupe rose avec des genouillères… Du coup, elle nous adresse la parole, on commence à discuter le bout de gras puis on sympathise. Elle nous propose d’aller à la plage avec elle. Surpris, je demande à Alexander, il y a une plage à Moscou ? Il me répond à l’affirmative et me signale que c’est à 50 bornes de là. On décide d’y aller, on enfourche les bécanes et on se met à suivre Valeria. On a du mal à la suivre, elle roule comme une vraie fondue. Nous arrivons en effet à cette plage, l’endroit est complètement décalé : c’est une espèce de lac artificiel entouré de tours résidentielles avec une ambiance caribéenne. Une copine de Valeria, Tatiana est là aussi ; elle est également une bikeuse. On déconne un peu, la nuit tombe, Alexander repart chez lui, Tatiana veut rentrer aussi.

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La plage

 

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Valéria avec sa moto

Du coup Valeria me dit que l’on doit absolument retourné à l’université où l’on s’est rencontrés dans l’après-midi. Je ne comprends pas tout ce qu’elle me dit, mais elle tient absolument à me montrer quelque chose là bas. Elle repart comme une dingue, je la suis, du moins j’essaye. Arrivés sur place, j’ai vite compris ce qu’elle voulait me montrer. A cet endroit, apparemment chaque samedi soir, ça serait Le rassemblement de motards de Moscou. Je t’explique pas le gratin ; des bécanes de partout, des mecs qui claquent des ruptures de tous les cotés… Il y a des caisses aussi : Hummers, Hummers limousines, etc. Les types sont complètement brûlés, certains passent par bande de 10 sur le boulevard sur la roue arrière à facile 150 km/h. Puis ils sont organisés, tous les enduros sont ensembles, idem pour les sportives et autres. Il y a beaucoup de Gold Wing aussi. Et tous les samedis soirs en été, ça serait comme ça. Franchement, je ne me souviens pas avoir déjà vu un truc pareil.

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Les bikers de Moscou

Ensuite, Valeria m’explique que le week end, son délire est de rouler dans Moscou du samedi soir au dimanche matin. Alors surpris, je lui demande « mais tu vas où, tu vas dans des rads ? » Elle me répond « non je roule dans Moscou juste pour le plaisir de rouler, tu veux venir avec moi ? » Je lui réponds que ouais mais pas à bloc et pas toute la nuit. On a pris la direction du quartier des affaires où les tours sont assez originales ; on s’est arrêté à l’Est des tours, puis on est repassé à l’Ouest, puis au Sud… Derrière on a enquillé sur le centre ville, avec dans la foulée un passage le long de la Moskova ; elle connaissait la ville par cœur, tous les raccourcis à travers des parcs, bref on a continué comme ça au moins durant 3 heures. On a du faire pas loin de 150 bornes. J’étais pas trop chaud au début mais finalement cette visite de la ville était complète. Je suis rentré à l’hôtel un peu plié.

La communauté des motards de Moscou semble faire preuve d’une rare cohésion. Alexander m’a expliqué que même si ces derniers étaient relativement présents sur Moscou, il n’en restait pas moins que les motards restaient rares en Russie. Ces raisons expliqueraient donc cette unité. Après plusieurs questions de ma part, il ajouta littéralement « quand t’es un biker ici, t’es quelqu’un d’un peu exceptionnel ; donc les autres bikers sont obligatoirement tes frères ».

Je pars le lendemain direction Volgograd.

Je remercie bien tous les bikers de Moscou pour leur accueil.

 

 

Sur la route de Vilnius à Moscou

Le 22/07/2014 en début d’après-midi, je pars de Vilnius pour me rendre sur Moscou en passant par Rëzekne (Lettonie). Au bout de 150km, je m’arrête sur le coté de la route pour faire un point navigation (n’ayant pas de GPS routier). C’est là qu’une bagnole s’arrête juste devant moi ; un type, crâne rasé, barbu, en sort et me demande si je n’ai pas de problème. Il me dit que c’est un biker et qu’il s’appelle Antan (pas sur de l’orthographe).

Je lui dis que je n’ai pas de problème ; du coup, on commence à discuter le bout de gras. Il m’explique qu’il envisage un projet similaire au miens avec des potes. Il pense que la meilleure solution pour ce genre de voyage est d’acheter une Ural sur Moscou (effectivement les pièces sont bien plus faciles à trouver en Russie comparé à des motos européennes ou japonaises). Il me conseille d’ailleurs de revendre Bestiole pour acquérir une Ural sur Moscou ; je lui réponds avoir étudier également cette solution avant de partir mais que j’ai confiance en Bestiole. On continue de parler pendant bien 10 minutes, on prend 1 ou 2 photos, il m’indique mon chemin, me souhaite bonne chance et repart.

C’est ça que je recherche : des rencontres improbables au bord d’une route.

C’est peut être pas grand chose mais quand t’es seul dans un pays dont tu ne maîtrises pas la langue, ce genre de situation est vraiment appréciable.

En partant, je me fais la remarque qu’il y a ici aussi « un esprit de solidarité entre les bikers ».

Photo avec « Antan »

En reprenant la route, j’ai la sensation de m’éloigner de l’Europe ; la route se détériore, certains tronçons de plusieurs km ne sont pas goudronnés. La route est en travaux, il y a plusieurs sections avec circulation alternée. Les feux sont extrêmement longs, au bout du 10ème, je décide de les griller.

A la rencontre d’un énième tronçon non goudronné, j’aperçois une baraque à kebab sur le bord de la route ; j’ai rien ingurgiter de la journée, je fais une halte.

Cette baraque est tenue par une femme, son mari est là, je commence à sympathiser avec lui ; il m’offre un thé. Vu qu’il parle anglais, on discute bien. Il s’étonne que je sois seul dans mon aventure alors je lui explique qu’étant seul, c’est plus simple, on s’arrête quand on veut, on choisit son itinéraire, etc

Il me répond : « yes, when you’re alone, you ‘re the boss »

Il avait compris, mon choix de réaliser seul ce voyage était dans ce but ; si ça me chante de m’arrêter 3 ou 4 jours, ou plus, quelque-part, pas de comptes à rendre, pas de discussions. De plus, en bécane, même si t’enchaînes les km comme un bourrin, le fait de savoir que tu t’arrêtes dès que tu le souhaites est confortable.

Un des nombreux lacs qui bordent la route

Après salutations, je repars, passes la frontière lettone et arrive  sur une route traversant une forêt de conifères. Là, je m’aperçois que mon compteur indique 272 km depuis le dernier plein alors que je l’avais pas fait complètement (en Lithuanie, une station essence avait une espèce de machine  qui ne rend pas la monnaie et qui te distribue pour l’argent que t’a mis) ce qui m’étonne puisque normalement après un plein complet, au bout de 280 bornes environ, je passe en réserve. 2 km plus tard, c’est la panne ; la panne impardonnable, je me suis fait baiser comme un bleu. Petite précision pour ceux qui ne connaissent pas la moto : Bestiole et les « vieux » modèles de moto en général ne disposent pas de jauge indiquant le niveau de carburant. Il y a une vanne 3 voies entre le réservoir et le carburateur avec 3 positions : 1 position ON (vanne ouverte entre réservoir et carburateur), 1 position OFF (vanne fermée, pas d’arrivée d’essence) et 1 position RES (Réserve). Le principe étant le suivant : tu fais ton plein au taquet, tu bascules la vanne sur ON, lorsque tu auras brûlé un certain nombre de litres (environ 19 litres sur Bestiole) la moto se met à brouter, à ce moment, en roulant, tu bascules la vanne sur RES, ce qui te laisse environ 30 bornes d’autonomie jusqu’à la prochaine station.

Le truc, c’est qu’en partant de la dernière station la vanne est restée positionnée sur RES ; du coup, dans cette configuration, tu n’as aucune alerte de passage en réserve…

Je me retrouve donc là, au bord de cette route avec peu de circulation, comme un rat. Je me dis qu’en allant chercher du fioul, si je laisse Bestiole au bord de la route, quelqu’un peut l’embarquer. Je décide donc de mettre

Bestiole dans la forêt et de la camoufler (et ce qui n’était pas une mince affaire vu le poids de la machine chargée, à peu près 290 kilos). En bond soldat, je prends les coordonnées GPS de là où je laisse la moto, je prends mon passeport et 2, 3 bricoles et je me mets à faire du stop au bord de la route avec mon bidon ; en moins de 10 minutes, une caisse s’arrête, le type m’emmène à la prochaine station. Idem pour le retour, je donne 5 € au type pour le retour (celui de l’allé ne voulait rien). En 1 heure montre en main, c’était réglé.

Camouflage de bestiole

Mais bon, pour moi, ça voulait dire que je n’étais pas dans le match. Il fallait que je me ressaisisse. Je me suis dit : « si tu tombes en panne d’essence maintenant, t’es pas rendu à Vladivostok ». C’est comme ça, la moindre erreur, tu la payes tout de suite et surtout elle peut t’amener d’autres emmerdes derrière (c’est ce que j’ai appris en mer). Bref, il faut que je sois plus vigilent, plus rigoureux, c’est tout.

Je passe Rëzekne, la nuit commence à tomber, j’aime bien rouler  au crépuscule ; je décide de continuer un peu, je m’arrêterais dans un petit hôtel à Ludza. J’y rencontre Serguei, l’homme à tout faire de l’hôtel bien sympa, avec qui je bois quelques canettes… Sur le parking de l’hôtel, je vois une moto, une Varadero immatriculée en Italie.

Le lendemain, je pars à 7h du mat, je suis à 650 bornes de Moscou, il y a la frontière à passer et je compte bien être sur Moscou dans la journée.

J’arrive à la frontière Europe / Russie ; il y a une file d’attente de camions d’au moins 5 km. 4 heures pour passer la frontière et heureusement que j’étais à moto… Ce qui me donne l’occasion de parler avec des kirghizes.

Une fois la frontière passée sans problèmes à part l’attente, j’entre en Russie.

La route est correcte, une grande ligne droite bordée de forêts ; ce qui me permet d’avoir une vitesse de croisière de 120-130 km/h. Au bord de la route, il y a des femmes qui vendent des peaux de bestioles, j’y vois aussi beaucoup de contrôles de police mais je suis prévenu avant par les chauffeurs des camions Kamaz (Kamaz a visiblement l’air d’être pour la Russie ce que TATA est pour l’Inde : un constructeur de camions national).

J’aime pas les flics, et je veux pas me faire contrôler alors dès que l’on me signale un contrôle, je me rapproche le plus vite possible du camion qui est devant moi et je viens lui sucer le cul. De cette manière, je reste bien collé jusqu’à voir la bleusaille sur le bas coté, lorsqu’ils me voient, ils ne peuvent plus m’arrêter, je suis déjà passé. Je ne sais pas si c’est efficace ou nécessaire mais je préfère la jouer comme ça.

En roulant, j’aperçois sur le bord de la route une bécane arrêtée, la passagère me fait signe ; je fais demi tour. C’était la Varadero de l’hôtel de la veille. Ils avaient le carter de chaîne qui frottait sur le roue arrière, rien de méchant. On se présente rapidement, c’est un couple d’italiens, Piera et Massimo, ils vont sur Oulan Bathor et retourne en Italie en passant par le Gobi au retour.

Je suis à 350 bornes de Moscou et je rencontre Vitali dans une station service, un chauffeur de camion qui fait régulièrement le trajet Reims-Moscou, on reste attablés ensemble plus d’une heure, lui à boire du café et moi du Redbull…

En continuant, à chaque arrêt pour faire le plein ou une pause, il y a tout le temps quelqu’un qui vient me parler…

La nuit est tombée depuis 2 heures, je suis à moins de 80 bornes de Moscou, la circulation devient dangereuse, les grosses berlines me poussent au cul, le trafic s’intensifie,  les sections de routes en travaux deviennent fréquentes, j’ai vu 2 accidents sérieux en moins de 50 bornes. La route est creusée par endroit au niveau des passages des roues.

Je décide donc de m’arrêter dans un motel, je ne suis plus qu’à 25 km de Moscou.