Sur la route de Vilnius à Moscou

Le 22/07/2014 en début d’après-midi, je pars de Vilnius pour me rendre sur Moscou en passant par Rëzekne (Lettonie). Au bout de 150km, je m’arrête sur le coté de la route pour faire un point navigation (n’ayant pas de GPS routier). C’est là qu’une bagnole s’arrête juste devant moi ; un type, crâne rasé, barbu, en sort et me demande si je n’ai pas de problème. Il me dit que c’est un biker et qu’il s’appelle Antan (pas sur de l’orthographe).

Je lui dis que je n’ai pas de problème ; du coup, on commence à discuter le bout de gras. Il m’explique qu’il envisage un projet similaire au miens avec des potes. Il pense que la meilleure solution pour ce genre de voyage est d’acheter une Ural sur Moscou (effectivement les pièces sont bien plus faciles à trouver en Russie comparé à des motos européennes ou japonaises). Il me conseille d’ailleurs de revendre Bestiole pour acquérir une Ural sur Moscou ; je lui réponds avoir étudier également cette solution avant de partir mais que j’ai confiance en Bestiole. On continue de parler pendant bien 10 minutes, on prend 1 ou 2 photos, il m’indique mon chemin, me souhaite bonne chance et repart.

C’est ça que je recherche : des rencontres improbables au bord d’une route.

C’est peut être pas grand chose mais quand t’es seul dans un pays dont tu ne maîtrises pas la langue, ce genre de situation est vraiment appréciable.

En partant, je me fais la remarque qu’il y a ici aussi « un esprit de solidarité entre les bikers ».

Photo avec « Antan »

En reprenant la route, j’ai la sensation de m’éloigner de l’Europe ; la route se détériore, certains tronçons de plusieurs km ne sont pas goudronnés. La route est en travaux, il y a plusieurs sections avec circulation alternée. Les feux sont extrêmement longs, au bout du 10ème, je décide de les griller.

A la rencontre d’un énième tronçon non goudronné, j’aperçois une baraque à kebab sur le bord de la route ; j’ai rien ingurgiter de la journée, je fais une halte.

Cette baraque est tenue par une femme, son mari est là, je commence à sympathiser avec lui ; il m’offre un thé. Vu qu’il parle anglais, on discute bien. Il s’étonne que je sois seul dans mon aventure alors je lui explique qu’étant seul, c’est plus simple, on s’arrête quand on veut, on choisit son itinéraire, etc

Il me répond : « yes, when you’re alone, you ‘re the boss »

Il avait compris, mon choix de réaliser seul ce voyage était dans ce but ; si ça me chante de m’arrêter 3 ou 4 jours, ou plus, quelque-part, pas de comptes à rendre, pas de discussions. De plus, en bécane, même si t’enchaînes les km comme un bourrin, le fait de savoir que tu t’arrêtes dès que tu le souhaites est confortable.

Un des nombreux lacs qui bordent la route

Après salutations, je repars, passes la frontière lettone et arrive  sur une route traversant une forêt de conifères. Là, je m’aperçois que mon compteur indique 272 km depuis le dernier plein alors que je l’avais pas fait complètement (en Lithuanie, une station essence avait une espèce de machine  qui ne rend pas la monnaie et qui te distribue pour l’argent que t’a mis) ce qui m’étonne puisque normalement après un plein complet, au bout de 280 bornes environ, je passe en réserve. 2 km plus tard, c’est la panne ; la panne impardonnable, je me suis fait baiser comme un bleu. Petite précision pour ceux qui ne connaissent pas la moto : Bestiole et les « vieux » modèles de moto en général ne disposent pas de jauge indiquant le niveau de carburant. Il y a une vanne 3 voies entre le réservoir et le carburateur avec 3 positions : 1 position ON (vanne ouverte entre réservoir et carburateur), 1 position OFF (vanne fermée, pas d’arrivée d’essence) et 1 position RES (Réserve). Le principe étant le suivant : tu fais ton plein au taquet, tu bascules la vanne sur ON, lorsque tu auras brûlé un certain nombre de litres (environ 19 litres sur Bestiole) la moto se met à brouter, à ce moment, en roulant, tu bascules la vanne sur RES, ce qui te laisse environ 30 bornes d’autonomie jusqu’à la prochaine station.

Le truc, c’est qu’en partant de la dernière station la vanne est restée positionnée sur RES ; du coup, dans cette configuration, tu n’as aucune alerte de passage en réserve…

Je me retrouve donc là, au bord de cette route avec peu de circulation, comme un rat. Je me dis qu’en allant chercher du fioul, si je laisse Bestiole au bord de la route, quelqu’un peut l’embarquer. Je décide donc de mettre

Bestiole dans la forêt et de la camoufler (et ce qui n’était pas une mince affaire vu le poids de la machine chargée, à peu près 290 kilos). En bond soldat, je prends les coordonnées GPS de là où je laisse la moto, je prends mon passeport et 2, 3 bricoles et je me mets à faire du stop au bord de la route avec mon bidon ; en moins de 10 minutes, une caisse s’arrête, le type m’emmène à la prochaine station. Idem pour le retour, je donne 5 € au type pour le retour (celui de l’allé ne voulait rien). En 1 heure montre en main, c’était réglé.

Camouflage de bestiole

Mais bon, pour moi, ça voulait dire que je n’étais pas dans le match. Il fallait que je me ressaisisse. Je me suis dit : « si tu tombes en panne d’essence maintenant, t’es pas rendu à Vladivostok ». C’est comme ça, la moindre erreur, tu la payes tout de suite et surtout elle peut t’amener d’autres emmerdes derrière (c’est ce que j’ai appris en mer). Bref, il faut que je sois plus vigilent, plus rigoureux, c’est tout.

Je passe Rëzekne, la nuit commence à tomber, j’aime bien rouler  au crépuscule ; je décide de continuer un peu, je m’arrêterais dans un petit hôtel à Ludza. J’y rencontre Serguei, l’homme à tout faire de l’hôtel bien sympa, avec qui je bois quelques canettes… Sur le parking de l’hôtel, je vois une moto, une Varadero immatriculée en Italie.

Le lendemain, je pars à 7h du mat, je suis à 650 bornes de Moscou, il y a la frontière à passer et je compte bien être sur Moscou dans la journée.

J’arrive à la frontière Europe / Russie ; il y a une file d’attente de camions d’au moins 5 km. 4 heures pour passer la frontière et heureusement que j’étais à moto… Ce qui me donne l’occasion de parler avec des kirghizes.

Une fois la frontière passée sans problèmes à part l’attente, j’entre en Russie.

La route est correcte, une grande ligne droite bordée de forêts ; ce qui me permet d’avoir une vitesse de croisière de 120-130 km/h. Au bord de la route, il y a des femmes qui vendent des peaux de bestioles, j’y vois aussi beaucoup de contrôles de police mais je suis prévenu avant par les chauffeurs des camions Kamaz (Kamaz a visiblement l’air d’être pour la Russie ce que TATA est pour l’Inde : un constructeur de camions national).

J’aime pas les flics, et je veux pas me faire contrôler alors dès que l’on me signale un contrôle, je me rapproche le plus vite possible du camion qui est devant moi et je viens lui sucer le cul. De cette manière, je reste bien collé jusqu’à voir la bleusaille sur le bas coté, lorsqu’ils me voient, ils ne peuvent plus m’arrêter, je suis déjà passé. Je ne sais pas si c’est efficace ou nécessaire mais je préfère la jouer comme ça.

En roulant, j’aperçois sur le bord de la route une bécane arrêtée, la passagère me fait signe ; je fais demi tour. C’était la Varadero de l’hôtel de la veille. Ils avaient le carter de chaîne qui frottait sur le roue arrière, rien de méchant. On se présente rapidement, c’est un couple d’italiens, Piera et Massimo, ils vont sur Oulan Bathor et retourne en Italie en passant par le Gobi au retour.

Je suis à 350 bornes de Moscou et je rencontre Vitali dans une station service, un chauffeur de camion qui fait régulièrement le trajet Reims-Moscou, on reste attablés ensemble plus d’une heure, lui à boire du café et moi du Redbull…

En continuant, à chaque arrêt pour faire le plein ou une pause, il y a tout le temps quelqu’un qui vient me parler…

La nuit est tombée depuis 2 heures, je suis à moins de 80 bornes de Moscou, la circulation devient dangereuse, les grosses berlines me poussent au cul, le trafic s’intensifie,  les sections de routes en travaux deviennent fréquentes, j’ai vu 2 accidents sérieux en moins de 50 bornes. La route est creusée par endroit au niveau des passages des roues.

Je décide donc de m’arrêter dans un motel, je ne suis plus qu’à 25 km de Moscou.

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