DE MOSCOU A MAMAYEV KURGAN

En partant de Moscou, je ne cherche même pas à lire les panneaux. Marc m’indique la direction pour attraper le périphérique, derrière je fonctionne à l’ancienne : la boussole. Je me dirige plein Sud et me retrouve sur la M4 ; la M4 prend un cap  Sud Ouest, pour être bien, il faudrait que je sois sur la M6 qui tire quelques degrés vers l’Est. C’est pas grave, j’enchaîne les bornes sur la M4. Au bout de 250 km, je trouve une station et y effectue le plein. En Russie, tu payes toujours avant de te servir, c’est comme ça. Tu rentres dans la station donne l’argent à la nana, delà tu peux te servir avec ce que t’as provisionné. Je donne toujours plus qu’il n’en faut pour être sûr que Bestiole soit bien rassasiée (le litre « de 95 » tourne autour de 34 roubles, soit environ 0,76€). Une fois que t’as fini, tu récupères la monnaie auprès de la nana. La monnaie récupérée, je sors pour retrouver Bestiole : il y a 7 types autour.

Un interlocuteur principal se manifeste, je serais incapable d’écrire la conversation « en russe phonétique » (c’est l’écriture du russe pour les novices construite à base de phonétique du russe avec notre alphabet), ceci dit, vu que c’est souvent les mêmes questions, j’arrive à reconnaître plus ou moins certains mots :

–  » D’où tu viens ? »

– « France »

– « AAH, Franssous, jalachov, jalachov !  » (Ah, français, bien, bien)

– « Skolka kilometres france ? »  (combien de km de France ?)

– là j’écris 4500 sur mon bloc note

– « la moto à combien elle avance au taquet ? »

– là, je montre 180 sur le compteur puis, je touche le merdier à l’arrière de Bestiole, et je montre 120

– « Goutz, goutz » je me dis que ça doit signifier lourd

– Et vient toujours : « où vas tu ? »

– « Vladivostok »

– « Kak Vladivostok ??? » (quoi Vladivostok ???)

– « Da, Vladivostok » (oui Vladivostok)

– « Ouaaaaaa VLADIVOSTOK !!!! » Et là les mecs se mettent les mains sur la tête et disent « nyet » (non) ; ils me font à moitié flipper, est ce si loin que ça ?

– « Adjin ? » (seul ?)

– « Da adjin » là ils ont la même réaction que plus haut

En gros, les conversations rapides dans les stations services ressemblent à ça. A chaque arrêt c’est la même.

Après ils me disent tout un tas de trucs, certainement que je suis cinglé, ils me tapent sur l’épaule, me serrent la main, me demandent mon prénom et me souhaitent bonne chance. Au moment où je démarre, ils commencent tous à vouloir claquer leur rupture avec la poignée d’accélérateur. Mais ils sont cool, alors j’en laisse faire 2 ou 3, je les salue et puis je m’arrache.

Je continue de tracer sur la M4, la nuit tombe, je m’arrête dans un motel, je suis environ à 5OO bornes de Moscou. Jusqu’à présent, sur les routes, il y a toujours un endroit ou grailler, toujours un endroit ou dormir. Les échoppes, les stations services, les motels sont fréquents. Tu manges un repas bien garni pour quelques euros. Je sais pas si c’est l’été qui veut ça mais le midi, il y a toujours des espèces de petits restos qui ont de la viande qui grille sur de la braise de feux de bois. Il y a tout ce que tu veux au bord de la route : des mecs qui vendent des têtes de sangliers empaillés, (j’ai failli craqué mais bon…) des kiosques qui vendent de la bière, des clopes, des paysans qui vendent leurs fruits et légumes… Quand je prends une piaule dans un motel, j’ai fait le test plusieurs fois, avant même que je pense à poser la question, quelqu’un me dit « motorcycle » (moto) et on m’emmène toujours dans un recoin ou un espace clos pour y mettre Bestiole. Les routes de Russie semblent être conçues pour que tu puisses rouler 24h/24.

Le lendemain, je sors sur la A144 pour rejoindre la M6, je navigue d’Ouest en Est. La route est bonne alors j’avoine un peu. Les camions Kamaz qui fument au bord de la route sont nombreux tout comme les contrôles de police qui le restent également (je ne change rien à ma technique). je vois des accidents régulièrement. Il fait nuit, je suis pratiquement arrivé à la jonction de la M6, je m’arrête à un kiosque d’un pueblo pour boire un soda. Au moment où j’allume une clope, une bande de jeunes bikers munis de petites cylindrées déboulent et scotchent sur Bestiole. Ils ne me posent aucune question, ils paraissent fasciner par la moto ; ils se penchent, regardent dessous, inspectent les pneus, les valises… L’un d’eux me demande la permission de monter dessus ; bien sûr, je lui donne. Ils se prennent en photo, dessus, à coté… C’est quand même dingue de voir à quel point ils hallucinent sur cette machine. Au moment où je grimpe Bestiole pour continuer mon chemin, je comprends qu’ils ont l’intention de me suivre ; ils le feront les 10 prochains km.RIMG0217

Je continue de rouler jusqu’à la M6. Je prends une piaule dans un motel, j’y rencontre Youri, un chauffeur de camion Kamaz. Ce mec est bien tripant, C’est un pro du dessin, on arrive donc à bien communiquer. Je sors une de mes gourde de calvas pour l’occaz…

Le reste de la route se fait tranquille, nous sommes le 31/07/2014 et  j’arrive sur Volgograd (Stalingrad) ; j’ai presque fait 300 bornes de plus que nécessaire à force de vouloir récupérer la M6 en début de parcours, soit 1300 km en 2,5 jours.

RIMG0222

Arrivée sur Volgograd (Stalingrad)

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Une réflexion sur “DE MOSCOU A MAMAYEV KURGAN

  1. Salut…
    La grande classe, digne représentant Normand!!! Et ravie de voir qu’une communauté motarde internationale existe!! Merci de nous faire partager ça!! Prends bien soin de Bestiole, des bizoutes!!!
    Steff, la Normande Toulousaine.. 😉

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