MAMAYEV KURGAN

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Arrivé dans le centre ville, il n’ y a pas tellement de choix pour l’hébergement alors je prends une piaule dans un immense hôtel qui donne sur une grande place.

Une fois la moto parquée, les sacs stockés et le bonhomme cleaner, je me mets à errer dans la ville, histoire de voire ce qui s’y passe ; dans un parc, j’entends du son qui provient d’une zone située en contre bas. En me dirigeant vers la musique, j’arrive au bord de la Volga ; plusieurs bars, discothèques, « péniches-boîtes » et clubs de steap tease y ont élu domicile. En entrant dans une boîte, je sympathise avec le videur, c’est un arménien… A l’intérieur, accoudé au comptoir, je commande au barman une double Vodka ; la musique est style rétro-disco. Au bout de 2 rasades, je demande au barman si je peux fumer : « Mojna kourit ? » Il me répond qu’il faut sortir dehors ; je me retrouve donc  avec le videur, on commence à taper de la gueule lorsqu’une nana se pointe et me demande du feu. Elle garde le briquet dans sa main et me questionne (comme d’hab ; « d’où tu viens ? Que fais tu ici ? » etc) ; le vigile répond  à ma place. Puis elle se met à parler anglais, on discute un moment et elle me dit spontanément que si je voulais, elle pourrait m’organiser une visite de Mamayev Kurgan le lendemain ; ça tombe bien, j’étais venu pour ça. Travaillant ce jour là, elle me propose un créneau de 8 à 10, je lui dit « OK, ça marche pour moi. »

Mamayev Kurgan, signifiant la mère patrie (sous entendu « protégeant ses enfants »), est une statue dominant un gigantesque complexe mémorial constitué de statues, de sculptures, et de monuments. Mamayev Kurgan est située au sommet d’une colline de Stalingrad*. Cette statue a été érigée en mémoire de la célèbre victoire de Stalingrad et des pertes subies par les soldats et civils soviétiques ; cette bataille (17/07/1942 – 02/02/1943) considérée comme la plus meurtrière de l’histoire (près de 2 millions de morts estimés) fut le tournant de la seconde guerre mondiale. C’est ici que les nazis s’étaient pétées les dents. Le courage, la ténacité, le déterminisme et le sacrifice de la population civile et des soldats soviétiques avaient eu raison de la machine haineuse nazie. Le déclin de l’Axe a débuté à l’issue de cette bataille. En bon normand, sensible et intéressée par l’histoire de la seconde guerre mondiale, il m’était inenvisageable de me rendre en Russie sans aller méditer quelques instants dans ce lieu chargé d’histoire et de symboles.

Le lendemain, je me rends à l’heure convenue avec Bestiole sur le site. Olga est prof d’anglais et de littérature russe à l’université. Elle connaît toute l’histoire du site par cœur ; c’était nickel, j’avais ma guide perso. La statue de Mamayev Kurgan a une hauteur de 85 mètres (en comprenant la taille du sabre). C’est la plus grande statue de Russie, pour comparer, à quelques mètres près, elle est aussi haute que la statue de la liberté de New York. L’ensemble atteint un poids proche de 8000 tonnes ; la composition étant d’acier et de béton. Evidemment, la précontrainte a été utilisée pour sa construction, le châle en porte à faux pesant 250 tonnes. Sa réalisation a commencé en 1959 pour s’achever en 1967. Olga m’a expliqué que l’architecte chargé de cette mission a pris comme modèle une de ses amies (de l’archi). Pour accéder jusqu’au pied de la statue, tu dois partir d’un boulevard, gravir de larges marches, contourner une fontaine où figure une imposante sculpture de soldat, traverser une esplanade entourées de statues, gravir à nouveau des marches où de chaque coté des gravures représentant des soldats dans l’action, pour arriver enfin dans un sanctuaire en contre bas de Mamayev Kurgan. Ce sanctuaire est un bâtiment construit de manière circulaire où des milliers de noms de victimes sont inscrits sur les murs ; une flamme allumée 24/24 toute l’année y trône au centre. Autant dire que l’endroit est impressionnant, et le mot est faible. L’ambiance est solennelle. Olga me confiera que son grand-père est décédé dans cette bataille… Et puis, dans nos conversations, nous avons également évoqué le parcours du légendaire tireur d’élite Vassili Grigorivitch Zaïtsev qui au cours de ce siège sanglant abattit 225 soldats nazis, sous officiers et officiers allemands avec son fusil Mosin Nagant. Sa tombe se trouve au pied de Mamayev Kurgan.

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Le sanctuaire, vue de l’exterieur

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Le sanctuaire, vue de l’intérieur, sur les plaques au mur, des noms de victimes de la bataille inscrits

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MAMAYEV KURGAN

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L’un des nombreux murs gravés

 

 

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Fontaine avec la statue de soldat

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Mur sculpté

Une fois la visite du site terminée, il fallait que je fasse le point ; n’ayant rien préparé, je devais plus ou moins établir un plan de route. J’ai donc décidé de quitter cet énorme et luxueux hôtel, pour raisons économiques, mais surtout parce que moins un endroit est luxueux, plus il est miteux, mieux je m’y sens. Une dame d’un kiosque m’indique un quartier de la ville à 9 bornes du centre où je pourrais certainement trouver ce genre d’endroit. Je trace vers la banlieue indiquée, demande « gastinitsa ? » à une bande de jeunes. Il me conduise au lieu recherché. Alors après avoir achetés quelques vivres et une quantité industrielle de bière, je me suis installé, j’étais chez moi ; d’autant plus qu’une partie de la baraque était en chantier, je me sentais dans mon élément. J’ai donc étudié les cartes, évalué les temps de parcours et vérifié si les visas (avec nombres d’entrée / sortie…) correspondaient à ce que « je planifiais ». C’est d’ici que j’ai lancé ce blog aussi.

Je serais resté 2 ou 3 jours ici, et fatalement, le fait d’être là, sans « bouger », à part pour aller chercher une ou deux bricoles au kiosque du coin, m’a donné l’opportunité de rencontrer plusieurs personnes qui gravitaient autour de la maison. Cette « guest house » est une grande bâtisse divisée en plusieurs parties. 1 pour les propriétaires et patrons du business, 1 seconde pour les employés, 2 autres pour les clients (étant principalement des ouvriers du bâtiment en déplacement). J’y ai fait la connaissance d’Igor, il s’occupait du potager, de la maintenance de la maison et l’avait apparemment construit de ses mains. Son visage semblait celui d’un type dont la vie n’a pas épargné. Il savait tailler et sculpter les pierres, son travail m’impressionnait ; on a passé plusieurs moments ensemble à fumer des clopes sous le porche de la maison, en communiquant uniquement par le gestuel. La patronne, femme de 50-55 ans, au regard sévère, n’était pas tendre avec lui dans ses propos, y avait pas besoin d’avoir fait LEA spécialité langue russe pour s’en rendre compte… Et puis, Bouyezine, le mari de la patronne, m’a invité un soir à boire une tasse au bistrot du coin. Pour lui rendre la pareille, la veille de mon départ, je l’ai convié à partager un godet de calvas sous le porche ; vu qu’il baragouinait quelques mots d’anglais et de français, on discutait dans un mélange de russo-anglo-français. Il se mis à me raconter les déboires qu’il avait avec sa femme et à me parler d’alcool ; il m’annonça qu’en Russie, ils fabriquaient également du calvas. Vu ma perplexité, il me demanda d’emmener une de mes gourdes et de le suivre. Nous avons longé la demeure, puis derrière celle-ci, il a décadenassé une porte qui donnait dans une espèce de fourbi où tout un tas de merdier y était entreposé. Une fois à l’intérieur, il déverrouilla un massif cadenas qui sécurisait un énorme coffre en bois ; à l’intérieur y était enquillé un grand nombre de fioles d’une contenance unitaire d’environ 25cl ; il en saisit une, dévissa le bouchon puis me la tendit afin d’en humer le parfum. Sur le vif, j’ai songé que ça avait plus l’agressivité du kérosène que la saveur d’un bon calvados. Ensuite, il m’arracha ma gourde des mains, puis y versa le contenu ; de retour au porche, j’en ai pris une goulée ; ma langue le regrettera pendant 3 jours. C’était tellement puissant, que ça m’avait carboniser les papilles…

C’est dans cette banlieue également que j’ai constaté les difficultés au quotidien pour les gens ; particulièrement pour des personnes âgées passant leur temps à errer, à la recherche de canettes vides pour les revendre. D’autres tentaient de vendre des fleurs ou des pastèques dans les parcs. Le centre ville est toujours « une façade », à la périphérie, t’es plus dans la réalité, c’est comme ça, c’est partout pareil. Je l’apprendrais plus tard, les vendeurs de fruits et légumes au bord des routes sont généralement aussi des personnes âgées qui essayent d’obtenir un minimum de revenus pour compléter leur maigre retraite. Les propriétaires de Porsche, de Ferrari et autres voitures de luxe de Moscou étaient bien loin. je quittais Stalingrad sur ce sentiment le 05/08/2014.

 

* J’utilise volontairement Stalingrad, puisque, ici, visiblement, ça ne gêne personne que je nomme la ville de cette manière. (A l’issue de la guerre, Stalingrad a été rebaptisé Volgograd).

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