ERREUR DE NAVIGATION

Le soleil est parti se coucher, l’asphalte s’arrête environ 250 bornes plus loin que le lieu de rencontre avec Thomas, mon compteur (ni vitesse, ni kilométrage) m’a lâché en chemin. Alors je décide de monter le camp ici. Je verrais cette histoire de compteur demain. Je suis dans le désert ; le sol est aride, le terrain est caillouteux, l’air est sec, la température descend simultanément à l’avancée de la nuit. La lumière des étoiles est intense, la voix lactée se dénude, elle laisse deviner ses formes et brille de toutes ses forces. Les collines ceinturent le site, le silence est absolu, pas même une pétole fait son apparition. L’atmosphère est très particulière ; puis au bout d’une heure, je balance un peu de son, plusieurs scorpions déboulent les uns après les autres. Alors histoire de mettre un peu d’animation, je tente d’organiser des combats entre araignées et scorpions dans une boîte de sardines, le(a) vainqueur(e) remportant un insecte agonisant récupéré sur la grille de protection de phares de la moto…

Quand tu choisis de réaliser ce genre de trip, il y a bien des motivations, l’une d’entre elles pouvant être la fuite du concept occidental consistant à acquérir des biens matériels, à toujours consommer plus, à chercher la richesse financière, à l’aspiration de posséder davantage… Mais paradoxalement, dans ce genre de situation tu as plus que jamais besoin de ton matériel ; tu en es dépendant. Alors tout doit être parfaitement organisé : chaque outil, chaque ustensile, chaque instrument doit avoir son propre emplacement. A partir de là, il faut être rigoureux, je me serre d’une affaire, je la repositionne à sa place dès que la besogne est achevée. J’essaye de ne rien négliger ; chaque matin nettoyage de la chaîne à l’essence puis graissage, un de mes bidons d’essence a une légère fuite, je recolle, un des sacs commence à faiblir, je recouds…  Si tu n’agis pas de la sorte, en moins d’une semaine la moitié du matos est perdu… C’est comme en mer, lorsque tu dois prendre un ris sur la grand voile de nuit sans pleine lune parce que le vent forcit sérieusement, si tu commences à chercher ta frontale partout pendant une heure, tu peux avoir de la casse. Ici, c’est la même, si tu perds un outil indispensable, tu peux engendrer des conséquences loin d’être agréables.

Réveillé par un soleil de plomb, je balance de l’ACDC, et j’attaque la dépose du compteur après avoir vérifier la gaine. Je désosse toute la tête de Bestiole, rien ne me paraît anormal. Puis me vient une idée que j’aurais du avoir avant : déconnecter la gaine coté compteur puis rouler pour vérifier si son extrémité tourne. Au moment de démarrer, plus de batterie ; et ouais, j’ai trop tiré sur le convertisseur de tension à force d’écouter de la musique. La machine est loin d’être un solex qui démarre après 2 coups de pédale. Il doit être 15 heures, depuis le début de la journée, je n’ai, ni vu, ni entendu aucun véhicule passer. En plus, je m’étais bien enfoncé dans une zone caillouteuse… Après 2 heures d’efforts, je parviens à mener Bestiole dans une descente et le moteur pète. Je t’avoue que j’en ai bien chié… ça m’apprendra. La gaine ne tourne pas, le problème émane donc du mécanisme de la roue ; je ne vais pas traiter ça ici, je remonte la tête, charge le matos et décolle. La piste est sacrément déglinguée, certains tronçons sont entièrement sableux sur plusieurs centaines de mètres, je manque de m’enliser une ou deux fois. D’ailleurs je me demandais comment les mecs du Mongol Rallye (la plupart prévoyant d’emprunter cet itinéraire)  avaient pu passer là-dedans avec leurs Opel Corsa et autres citadines… Puis je roule sur du bitume à nouveau, j’arrive dans un pueblo, selon mon estimation, j’étais sensé arriver à Altay. Puis je vois un panneau qui me paraît bizarre ; je demande à une ado où est ce que je suis. Je ne comprends absolument rien de ce qu’elle me dit si ce n’est qu’Altay serait de là où je viens. Je lui dis que c’est impossible. Elle appelle par tel quelqu’un et me tend l’appareil ; c’est une femme qui parle anglais, elle me dit qu’elle arrive, j’attends. La dame se pointe, l’ado avait appelé sa prof d’anglais ! Et là, j’étais sidéré, la prof, Ankh, m’annonce que je suis à Uyentch, soit tout au sud ouest du pays à 70 bornes de la frontière chinoise. Ma position réelle était à 500 bornes de celle estimée. Il faut également précisé que 2 villes différentes se nomment Altay en Mongolie. Ankh me signale qu’il fait nuit, qu’il faut que je dorme ici ; elle m’invite chez elle. J’embarque un des niards à l’arrière et la suis. Cette famille m’a reçu comme un chef d’état, ils ont acheté des provisions sur la route, préparé un repas juste pour moi… J’ai eu une description détaillée de l’album photos familial, puis je me suis effondré dans mon lit. A l’aube ayant étudié les différentes possibilités d’itinéraires avec  le chef de famille, je choisis de rebrousser chemin pour récupérer l’AH4 au nord puis enquiller vers l’Est. En roulant, je percute mon erreur de navigation, à une intersection, je suis parti à droite au lieu d’aller à gauche ; vu que la chaussée était asphaltée, ça ne m’avait pas effleuré l’esprit que le cap était mauvais… Je suis à nouveau sur l’AH4, le revêtement disparaît à nouveau, il reste environ 250 bornes jusqu’à destination. Je dors au bord de la piste dans le désert. Je repars, la voix est large, cette dernière subit un phénomène dont je ne parviens à expliquer les causes : « la tôle ondulée ». Il y a des espèces de « vagues » de terre. J’ai vu ce phénomène sur toutes les pistes que j’ai emprunté jusqu’à maintenant mais là c’est prononcé et constant. Bestiole souffre, roulements, jantes, rayons, fourche, amortisseur en prennent plein la gueule. Alors je vois 2 alternatives : la première augmenter la vitesse ce qui a l’avantage de réduire les impacts mais pour inconvénient d’avoir une conduite « flottante » donc légèrement dangereuse (la surface de contact au sol des pneus étant minimisée à cause des intervalles) et la seconde de rouler tranquille, donc en sécurité, mais avec comme conséquence de bousiller la mécanique. J’opte pour la première. 100 km avant Altay, en pleine ligne droite, au loin je vois un biker ; instinctivement sans se faire signe on s’arrête. Bastian, un allemand travaillant en Australie dans les travaux publics qui rentre en Allemagne pour reprendre ses études. Avec son 650 GS, il effectue le trajet Vladivostok – Allemagne. Bien entendu, on a échangé les infos sur la route puisque j’allais d’où il venait et vice versa. On discute matos, navigation… Bastian se cogne le voyage en mode sport : non stop, il roule tous les jours, ça fait seulement 2 semaines qu’il est sur la route ! Au moment où tu liras ce texte, il sera certainement déjà en Europe. Echange de coordonnées et il part vers l’ouest, moi vers l’est. J’adore ce genre de situation, t’échanges avec le mec comme si c’était un de tes potes alors que probablement,  tu ne le reverras jamais de ta vie…

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Lieu du campement, le genre d’endroits où t’es pas emmerdé par les voisins

 

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Dépose du compteur

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Ankh et ses enfants

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« La tôle ondulée » véritable fléau pour la mécanique

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Bastian et son 650 GS, bon vent l’ami

 

 

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