PREMIERS CONTACTS AVEC LES MONGOLS

Le lendemain, je m’enfonce vers le sud en empruntant la fameuse AH4 ; plus de bitume, je progresse sur une piste plus ou moins en bon état ; par rapport à la virée du Teleskoye, c’était easy. Je traverse les premières rivières qui sont plus des grosses flaques d’eau que de virulents torrents. La roche, les montagnes et des plaines interminables bordent la « route ».

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Puis je commence à m’égarer ; de nombreuses traces partent dans tous les sens, les panneaux d’indication sont inexistants. je suis un chemin qui ne mène nulle part, fais demi tour et ainsi de suite… Le proverbe « toutes les routes mènent à Rome » est à prendre avec parcimonie en Mongolie. Alors j’élabore une technique : je gravis une colline en bécane, une fois au sommet, je scrute les environs aux jumelles ; je repère des camions ou autres véhicules qui se dirigent dans la même direction, probablement vers la prochaine ville. Ca marche. Je procède de cette manière jusqu’à Kvod. La nuit tombe, je rencontre un gué ; par prudence, je décide de bivouaquer pour le passer au lever du soleil. En plus le site possède mes critères d’emplacement : rivière, buisson pour s’abriter du vent, à proximité de yourtes de nomades. Le soleil déjà haut dans le ciel, le « camion » chargé, j’observe le gué ; je sens que c’est risqué de traverser à cet endroit. Je longe donc le cours d’eau de part et d’autre, je ne trouve pas de meilleur passage. Puis un vieux nomade à cheval chevauche jusqu’à moi et m’assure que ça le fait. Je reste septique, ce n’est pas comme si j’y connaissais que dalle en la matière, analyser  les caractéristiques d’un cours d’eau, ça fait partie de mon job. Un jour mon ancien boss m’a emmené sur un chantier (nos prestations consistant entre autres à by passer des cours d’eau par pompage) dans le but d’étudier le dévoiement d’une rivière pour un client, qui avait pour mission d’y passer un pipe en travers. Le boss s’est pointé et a dit au type : « là, t’as 2000m3/h, demain, si t’es OK, ton tronçon est sec et dans 2 jours ton pipe est tiré » ; d’un seul coup d’œil, il avait défini le besoin. Ce jour là, je me suis dit : « bordel, c’est à ça qu’il faut que j’arrive, je veux atteindre ce même niveau d’expertise ». Quelques années plus tard, j’en étais capable. Je suis une bille dans plusieurs domaines, mais aujourd’hui, tu me plantes devant n’importe quel cours d’eau et je suis foutu, juste à l’œil, de te dire quel est son débit, sa vitesse et autre à plus ou moins 10% près… Bref, le nomade insiste, il me fait comprendre qu’il reste là et qu’en cas de coup dur, on pourra utiliser la force du bourrin. Je me lance, la poussée de l’eau ne pose pas trop de problèmes ; en revanche l’adhérence du pneu arrière sur les galets ne prend pas, je n’avais pas pris en compte ce paramètre. Je reste tanké au milieu ; en donnant des à coup, je parviens tout de même à atteindre l’autre rive. En vidant la flotte de mes bottes, le nomade m’a lancé un regard qui voulait dire « alors, tu vois, j’avais raison ». Il m’avait effectivement bluffé le vieux… C’est de cette manière, en pénétrant le pays, que j’ai commencé à me familiariser avec les mongols, lors d’entrevues plus ou moins brèves, dans les villes, campagnes, au bord des pistes… Et j’ai pu noter quelques traits de caractère me paraissant commun à l’ensemble de la population. Manifestement, les mongols sont extrêmement curieux. Il arrive que lors de pauses, des voitures s’arrêtent, les passagers en descendent m’interrogent, observent la moto… En chemin, certains conducteurs manquent de percuter des rochers tellement ils gardent les yeux scotchés sur Bestiole. Quand je campe à proximité de yourtes, dès l’aube, un même scénario se reproduit : un ou plusieurs éleveurs viennent roder autour de la tente, ils essayent de regarder par les aérations de la tente pour m’y voir. Alors je leur prépare une petite blague à chaque fois ; je les entends venir à plus de 50 mètres tellement ils font du baroufle, ils sont toujours accompagnés d’un chien ou d’un cheval. J’ouvre les fermetures avant leur arrivée, et lorsqu’ils pointent le bout de leur museau contre la toile, je bondis en poussant un cri de guerrier… Une fois, l’un d’eux à tellement balisé qu’il est tombé en arrière… Du coup, ça crée le contact, on boit du thé, partage du tabac… Leur curiosité s’exprime régulièrement par le toucher ; il faut qu’ils palpent, touchent, ressentent les choses avec leurs mains. Tous tapotent le réservoir de Bestiole pour s’assurer qu’il est bien en métal ; ils enfilent les gants, frottent la carapace, chiffonnent la veste en cuir, claquent le casque… Ils sont très tactiles. Pareillement, ils semblent apprécier chahuter aussi, certaines fois un jeu de bousculade bon esprit survient entre eux et moi… Et puis, spontanément, ils sont courtois ; je salue chaque automobiliste, chauffeur de camion, éleveur devant sa yourte, tous me répondent, ça rend le parcours agréable.

Juste avant Kvod, j’arrive un peu fort (un bon 80 km/h) sur une partie sablonneuse de la piste ; je perds le contrôle de la machine, et ce que je redoute le plus arrive, je chute. La roue avant s’enfonce dans le sable vers le coté droit, je pars du coté gauche pour finir planté dans une espèce de dune de sable, la roue avant reste fixe, le reste de l’Africa Twin pivote autour à 180° et me propulse dans les airs tel un disque de ball trap ; je pars en roulé boulé dans les herbes. Je me relève, je suis OK, Bestiole n’a rien non plus. Le lieu était parfait pour tomber : pas de caisse qui risque de te rouler dessus tellement la fréquence de passage est faible, le terrain était mou, c’était nickel… Je prends quelques infos sur Kvod et continue ma route vers Altay. La voix est à nouveau asphaltée, un vrai boulevard. Environ 60 bornes après Kvod, j’aperçois un cycliste avec une tronche d’européen assis sur le bas coté ; je fais demi tour, en pensant qu’il est peut être en galère. Il faisait juste une pause, il s’appelle Thomas, est français et se cogne toute l’Asie centrale à biclard ! On reste là, un bon moment à bavacher. Ce genre de type, ça se respecte, il faut vraiment avoir le mental pour réaliser un projet pareil, surtout quand t’as vu les interminables lignes droite, à vélo, laisse tomber (surtout qu’il était bien chargé de 20 kilos facile). Après échanges de coordonnées et d’infos on continue tous les deux notre route vers le sud.

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Thomas, le cycliste sans frontières, courage à toi, que la Flamme reste à tes cotés

 

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2 réflexions sur “PREMIERS CONTACTS AVEC LES MONGOLS

  1. He mec ! C’est Thomas, le cyclo de la photo. Apres plusieurs tentatives, ce n’est que maintenant que je retrouve ton blog !
    Fais signe de vie STP ! J’ai des photos a te passer.
    Bon ride l’ami, j’espere que tout va bien pour toi !

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